LES YEUX FERMÉS DE LA NUIT

Serge Venturini

Летит за облака Юпитера орёл,
Сноп молнии неся мгновенный в верных лапах.
Фet Афанасий Афанасьевич

L'aigle de Jupiter dépasse les nuages,
Serrant l'éclair furtif dans sa griffe superbe.
Le langage est si pauvre, Afanassi Feth, 1887.
(1820-1882) (Traduction : Claude Frioux)
Attentif au moindre signe où tu vois l'incroyable, à la rose qui tombe à terre, car la mort a fait d'elle un fruit. Un simple bruit, et ce qui gronde, ― c'est l'orage. J'entends des chuchotements de haine, comme ceux du vent à l'effeuillage, les draps de toile claquant.
Tu regardes le vieillard aveugle sortir avec son chien d'une tour qui s'écroule dans une montagne de poussière blanche. N'entendez-vous pas frères humains, ces myriades d'archanges fondant dans les rues ? ― Pour qui sont-ils venus ? Pour sauver ces milliers de vies ?
Je ne suis qu'un clandestin en ce monde. J'avance en tapinois, je jette ma parole à la dérobée, je suis un maître ― du catimini. Fils du silence, mes yeux ne s'ouvrent qu'à l'aurore. Ma compagne est une mendiante comme moi. Elle est de si loin venue, des domaines de la pauvreté.
Je n'ai plus de temps devant moi, les ombres s'allongent et mon verbe siffle comme les pierres lancées avec violence, avec la rage de ceux qui n'ont plus que leurs cris pour effrayer les autres, ― ces indifférents au doux secours du cœur, ces victimes sans résilience devenues bourreaux.
Mes yeux voient le terrible. ― Je sculpte ma face de vie tous les jours. Mon ventre déchiré d'amour est relié au monde qui bat. Resplendissant, je me dénude comme le serpent, je revis pour la résurrection des siècles à venir. ― J'entonne des chants de gloire.
Paris, le 24 avril 2008


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