OISEAU TRANSFIGURé DE MUSIQUES ET DE PLUMES

Serge Venturini

L'ouïe fine tend la voile, le regard dilaté se vide
Et, le cœur audible des oiseaux nocturnes
plane à travers le silence.
Ossip Mandelstam (1891-1938)

Oiseau transfiguré de musiques et de plumes, je suis déjà mort, plusieurs fois, ― ressuscité ! Non, le rossignol n'a pas le cœur gelé, ― il ne brûle que de chanter. Il n'a pas les œillères du cheval de trait qui ne voit que son unique sillon, il prend son envol quand bon lui chante, il ne reviendra pas se poser sur la même ramure. ― L'écoutent-ils ? ― Il n'en a que faire.
Son cœur bat à son rompre l'aorte, ses mots brillent comme des étoiles. D'universalité sa voile est drapée. Tantôt noire, tantôt blanche, il appareille ― en transmigrant du visible. ― Il n'en continue pas moins de chanter, ― invisible ―, tel son moqueur frère sous la feuillée, amateur du sang des cerises. Passé du devenir, le voilà, transvisible ! Il chante pour sa Dame, ― en secret, avec passion, ― au soleil des ombres.
Ses plumes tiennent du griset, son autre frère. S'il grisolle vers l'aurore, c'est par ivresse, il imite l'alouette, sa compagne. Ces lèvres qui remuent présagent un doux babil mélodieux. La porte de la vision est ouverte, un souffle d'air soulève la terre. L'heure est venue de passer, ― l'autre côté du pont, les flèches lancées vers la lumière. Et, ― le feu de la vision le dévore.

Paris, le 11 mai 2008


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