TRANSPORTS DU TRANSVISIBLE

Serge Venturini

Tout oeuvre moderne recèle son miroir critique.
S.V.

La poésie est une vive émotion, un sentiment passionné qui émeut et entraîne. ― Elle est un transport qui transmet une culture entière, une page de civilisation. Si elle transfère une part de l'obscur en nous, ― c'est parce qu'elle vient d'un pays d'ombres où règne le soleil noir de la profonde mélancolie. Elle est un éclair venu du plus loin de nos nuits.
La poésie demeure un rapt, un vol et un ravissement.
Si Baudelaire parlait lui de Fusées, aujourd'hui la célérité est différente, les rapports à la langue et donc au corps ont beaucoup évolué, pour autant faut-il parler de missiles ? Les voix des autres mondes sont là pour nous rappeler à l'essentiel du poétique, à la fulgurance de son interrogation. L'espart qu'elle produit offre un éclairage autre, un sens qui va au-delà du sens lui-même, ― et en ce sens-là, elle est porteuse du devenir.
Elle porte au travers d'un gai devenir.
La poésie du transvisible provoque un vertige, ainsi elle soulève à un mouvement de renversement, ― elle déclenche un mouvement de bascule, vers un autre monde. Ce déséquilibre dans l'esprit est une incitation au refus de ce monde, une volonté de changer les rapports instaurés tels qu'ils sont aujourd'hui. Ce courant mental déstabilise le lecteur, ― il le trouble. Toute poésie qui ne trouble pas n'est qu'un pur jeu de forme et de langage.
La poésie est un trait qui griffe et déchire l'espace-temps.
Paris, le 3 juin 2008


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