LES OMBRES ENSOLEILLÉES DU TRANSVISIBLE

Serge Venturini

Je ne suis de trop nulle part, car je ne me compte nulle part.
Antonio Porchia, poète argentin (1886-1968)

Fantôme parmi les fantômes, je suis un fantôme qui chante la lune et le soleil. Je suis de nulle part, entouré d'ombres vivantes. Mon royaume n'est pas d'ici, ni d'ailleurs, il est dans la langue. Je marche dans les rues des villes, ― mais personne ne me voit. Seuls les fantômes me regardent, me reconnaissent. Inutile de leur parler, ils savent tout de moi, comme les mots. Non, je ne suis pas un revenant, mais un devenant, ― du devenir, un transhumant.
Il est vain de chercher quelqu'un, les mots sont devenus inutiles, comme les idées nouvelles. Personne ne les écoute quand surgit une rencontre. Les mots renvoient à la solitude, seul le livre sauve les mots de la langue, ils traversent la langue et vont de l'autre côté, dans le futur où nul ne va, ne peut aller, sauf les fantômes. S'ils viennent du passé, ils connaissent aussi l'avenir. Et, ils savent de nous ― ce que nous ignorons d'eux.
Ils vont et viennent, les nuits de pleine lune, les matins de grand soleil, les jours de longues pluies, ils habitent la mémoire des vivants. Ne les maudissez pas, gens à la parole facile, ils glissent entre vos doigts de sable, ― ils sont de notre confrérie. Ils sont l'endroit du silence où rien ne pénètre, pas même la musique. Leur esprit porte la trace de brûlures, leurs yeux, ― celles d'éblouissements et d'éclairs. ― Ils balbutient une nouvelle langue.
Paris, le 17 septembre 2008


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