À l’heure de l’hypermémorialité, où le numérique fige les parcours dans un éternel présent, le droit peut-il encore se permettre d’oublier ? Si la marque au fer rouge a disparu, le stigmate judiciaire survit à la peine. Pour celui qui a pourtant payé sa dette et satisfait aux exigences de la justice, la condamnation devient une étiquette indélébile. Lorsque les portes de l’emploi, du logement et de la vie civique se ferment, la récidive cesse d’être une défaillance individuelle pour devenir une ...
À l’heure de l’hypermémorialité, où le numérique fige les parcours dans un éternel présent, le droit peut-il encore se permettre d’oublier ? Si la marque au fer rouge a disparu, le stigmate judiciaire survit à la peine. Pour celui qui a pourtant payé sa dette et satisfait aux exigences de la justice, la condamnation devient une étiquette indélébile. Lorsque les portes de l’emploi, du logement et de la vie civique se ferment, la récidive cesse d’être une défaillance individuelle pour devenir une fatalité systémique. Dans le cadre sensible des infractions à caractère sexuel, l’oubli ne doit plus être perçu comme un renoncement, mais comme une exigence de sécurité publique. Loin d’être un pari inconscient, ou le synonyme d’un pardon qui n’appartient qu’à la victime, l’effacement encadré de la mémoire pénale s’impose comme le levier indispensable de la désistance. En restaurant la capacité d’avenir de celui qui a purgé sa peine, le droit ne cherche pas à occulter le passé, mais à tarir la source du risque. En explorant des mécanismes juridiques méconnus ou complexifiés, une réconciliation entre impératifs sécuritaires, dignité humaine et paix sociale devient possible. Le véritable devoir de justice envers les victimes ne réside-t-il pas, paradoxalement, dans la capacité du droit à savoir oublier ?
Ce mémoire soutenu par Blandine Labati pour l’obtention du master 2, mention Droit pénal et sciences criminelles, parcours Droit pénal comparé, a reçu le prix du meilleur mémoire délivré par l’Institut des sciences criminelles et de la justice de l’Université de Bordeaux (UR4633) au titre de l’année 2024-2025. Blandine Labati a eu l’opportunité de réaliser ses recherches au Centre International de Criminologie Comparée (CICC) de l’Université de Montréal, complétant ainsi un parcours international dédié à l’étude pluridisciplinaire des phénomènes criminels.
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