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ROULEZ ECO EN INDE : EASY RIDER

François Gautier

revue d'origine de cet article : La Nouvelle revue de l'Inde 3

Date de publication : juin 2010

Si vous voulez vraiment voir l'Inde, la sentir, la vivre de près, sans polluer excessivement l'atmosphère en prenant des avions à tour de bras et moult voitures, utilisez une moto. Savez-vous qu'il vous en coûtera moins de 1200 € pour acheter une merveilleuse Royal Enfield "Bullet" 350 cc et que vous pourrez la revendre pour pratiquement le même prix, votre voyage fini ?

Dès les années 20, les Britanniques commencèrent à importer en Inde des Norton 500 cc, utilisées par la police, motos qui faisaient une pétarade effroyable, suffisant à terroriser la population ; l'armée anglaise, quant à elle, affectionnait des BSA modèle 1929, souvent assujetties à un side-car, où, en uniforme kaki et casque colonial, un officier très digne représentait les intérêts de la Reine aux quatre coins du royaume. Mais ce sont les maharajas, adorés comme des dieux par leurs sujets, qui chaque année les pesaient contre leur poids d'or, qui achetèrent les plus belles motos européennes. On en retrouve encore certaines aujourd'hui, soit dans des musées, où elles ont été amoureusement préservées, ou bien dans un obscur garage de village, où une moto abandonnée dans un coin, couverte de poussière et de toiles d'araignée, se révèle être une Triumph 1933.

Ainsi, Himal, un jeune passionné du sud de l'Inde, a pu acquérir, pour une bouchée de pain, toute une collection de fabuleuses motos, chacune avec une histoire extraordinaire: une Norton noire 500 cc de 1939, par exemple, ayant appartenu au maharaja de Mysore, achetée pour 4000 roupies (100 € = 6500 roupies); ou une Triumph marron "spécial twin" 5T 500 cc de 1946, avec un side-car, ayant appartenu au "diwan" (premier ministre) du nizâm d'Hyderabad. Himal l'a échangée contre une mobylette à un petit mécanicien de l'Andhra Pradesh, qui la tenait de son grand-père !

A l'indépendance, le gouvernement indien décida de démocratiser la moto. On chercha une machine fiable, robuste, pas chère et simple à entretenir, qui pourrait devenir le cheval de lance de la classe moyenne indienne. Les Indiens achetèrent donc à Royal Enfield-Redditch, les inventeurs du fameux fusil Enfield, la Royal Enfield "Bullet", conçue en 1941, qui règne encore aujourd'hui, sur les routes indiennes. La Bullet 350 cc (ou 500cc) est un petit bijou de moto, produite en Inde à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires par an, un rêve d'aficionado que l'on peut se procurer pour un peu moins de cent mille roupies ! D'accord, la forme est démodée, le carburateur est désuet, le système électrique est antique et la lumière insignifiante, mais le moteur est un amour et il pétarade joliment comme aucune moto japonaise ne le fait ! Cette machine est également increvable: les Bullet de l'armée indienne sont revendues aux civils après 200.000 kilomètres, repeintes et remises à neuf - et hop, c'est reparti pour 20 ans. Les touristes avertis achètent cependant une Bullet neuve lorsqu'ils débarquent à Delhi, ou à Madras, font le tour de l'Inde sans un pépin, et la revendent six mois et 10.000 kilomètres plus tard pour à peu près le même prix !

Prenez une ossature de Bullet et ajoutez-y un moteur diesel de pompe à eau et vous avez la Sooraj 500 cc, unique au monde, pur produit de l'ingéniosité indienne. Les données techniques de la Sooraj sont étonnantes, et elle consomme peu : il vous en coûtera seulement un euro pour faire 300 kilomètres ! La Sooraj est lourde et fait un bruit effroyable de tracteur, mais c'est le véhicule idéal des paysans indiens qui l'utilisent pour transporter n'importe quoi : une pompe à eau, ou même une vache malade jusqu'au prochain vétérinaire qui se trouve à 200 kilomètres ! Si vous avez l'intention de faire beaucoup de route en Inde, nous vous conseillons d'en acheter une (même prix que la Bullet), et de la rapatrier par bateau (environ 900 €). Vous ferez effet sur les routes européennes!

En cas de pépin, ou de crevaison, les mécaniciens indiens sont les plus incroyables bricoleurs du monde: Il faut avoir vu ces gamins de quinze ans confectionner un joint de suspension ou une valve de carburateur, dans des petits cagibis de bambou aux toits de feuilles de palmier ; ils vous réparent n'importe quoi et vous façonnent des pièces de rechange qu'en Occident vous devez acheter à prix d'or. Et ce qui est merveilleux c'est qu'il y en a partout, jusque dans les coins les plus reculés du pays ; même les réparateurs de vélo vous dépanneront.

Alors si vous partez en Inde et si vous êtes un amoureux de la moto, ne ratez pas cette occasion: achetez-vous à votre arrivée une Royal Enfield Bullet, ou une Sooraj. Non seulement vous irez dans des recoins de l'Inde où nul tour accompagné ne vous emmènera, non seulement vous aurez une liberté exceptionnelle, mais vous verrez l'Inde du dehors, humant les senteurs des plaines du Kerala, les parfums des contreforts des Himalaya, ou l'odeur extraordinaire de la baie du Bengale, lorsque vous atteignez la côte Coromandel.

Bon Voyage.

RENSEIGNEMENTS PRATIQUES

Meilleure période pour faire l'Inde à moto: de novembre à mars ; mais si vous ne craignez pas les chaleurs moyennes (35° dans le Kerala en mai/juin), vous pouvez vous rendre toute l'année dans le sud, sauf peut-être pendant la mousson (juin au Kerala, octobre dans le Tamil Nadu - mais ceci aussi a son charme)... Emporter des vêtements amples et légers, un bon imperméable en cas de pluie, des lunettes de montagne pour les ultraviolets, une pieuvre pour vos bagages, une bonne crème solaire et anti-moustique, des pilules pour purifier l'eau, de l'immodium pour les maux d'estomac et de la nivaquine en prévention de la malaria ; Tout le reste vous pouvez l'acheter sur place, y compris le casque.

Le Prix d'une Bullet neuve varie entre 100.000 et 118.000 roupies, du modèle de base à la'Machismo' chromée pour export. Comment vous procurer une moto d'occasion en Inde ? Faire les annonces des journaux, allez voir les mécaniciens et pour une moto neuve, rendez-vous chez le concessionnaire Enfield que l'on trouve pratiquement dans toutes les villes. Vous pouvez trouver un bon modèle d'occasion pour 1000 € (années 90). Idem pour la Sooraj qui a l'avantage de marcher au diesel. Prix d'un litre de pétrole, environ 1,60 € pour un litre de diesel. Arriver avec votre permis de conduire international, valable ici ; l'assurance est bon marché, environ 40 € par an pour une assurance au tiers et la vignette s'achète auprès du Motors Vehicles Office. Pour revendre votre moto, même procédé: allez voir un mécanicien qui vous mettra en contact avec un acheteur pour une commission de 1000 roupies (un peu moins de 15 €). Pour les longues distances, mettez la moto dans le train (elle peut voyager avec vous si vous vous rendez une heure à l'avance à la gare), il ne vous en coûtera que quelques dizaines d'euros. Mais attention, soyez présents pendant le chargement et le déchargement pour éviter toute casse.

FG

L'USINE ROYAL ENFIELD EN INDE

Inde du Sud: Madras, capitale du Tamil Nadu. "Enfield", proclame une énorme pancarte. "Ici, vous entrez dans la légende, explique Mr Murali, directeur de la vénérable firme Royal Enfield India, car vous allez visiter l'usine qui fabrique la moto la plus produite au monde : il en existe plus de trois millions sur les routes en Inde".

En 1880, Enfield construit des bicyclettes. En 1893, grâce à un contrat gouvernemental, commence la construction d'armes légères. C'est ce contrat qui permet d'ajouter "Royal" au nom de la société et c'est donc à cette occasion que naît la "Royal Enfield" et le slogan "Made like a gun, runslike a bullet" ("Construite comme un fusil, file comme une balle"). En 1901, la première motocyclette Enfield voit le jour, avec le moteur Minerva placé sur la roue avant. En 1910 apparaît la première moto avec moteur en "V" et en 1928 la 980 V twin. En 1933 naît le premier modèle "Bullet" et en 1945 sont installées les premières fourches télescopiques. En 1948 est mis au point le prototype de l'actuelle Bullet avec échappement de type "trial". La Bullet reste en production jusqu'à la fin des années soixante au Royaume-Uni. En 1956, la succursale "Enfield India Ltd." est créée en Inde pour répondre à la demande de l'armée Indienne. Royal Enfield India recevait des motos de 350cc en kits d'Angleterre pour les assembler à Chennai, en Inde. Puis, petit à petit la moto entière fut construite en Inde et deux ans plus tard la société commença à fabriquer la fameuseBullet.

A l'entrée, spectacle incongru, la statue d'un dieu devant lequel brûlent une lampe à huile et des bâtons d'encens, alors que des hommes en combinaison bleue vaquent dans tous les sens. C'est du travail à la chaîne... à la main! Le moteur est fixé à la carcasse de la Bullet, qui est suspendue à une sorte de cintre qui est poussé manuellement vers le prochain ouvrier. L'un monte les garde-boues, puis coulisse la machine vers son compagnon suivant, qui visse l'assemblage phare, clignotants et ainsi de suite. A côté, un vieil homme aux lunettes rafistolées, visse patiemment, un à un, les rayons des jantes, tandis qu'un autre vérifie mécaniquement la parfaite rondeur de la roue et que le dernier monte la chambre à air et le pneu. "C'est du travail d'artiste, commente Murali; certains de nos ouvriers sont là depuis 50 ans: Royal Enfield, c'est toute leur vie." Enfin, les motos sortent de la chaîne: noires rutilantes pour le marché indien, rouges chromées pour l'exportation, vertes pour l'armée, blanches pour la police indienne.

"Nous exportons aujourd'hui dans une douzaine de pays, explique M. Murali, dont le Mexique, les Etats Unis, le Canada, ainsi que toute l'Europe". La Royal Enfield 500 cc, d'exportation que l'on trouve donc en Europe est en fait une 350 dont le haut-moteur a été réalésé de 346 à 499 cc, grâce à une valeur d'alésage et de couple passant de 70 90 mm à 84 90 mm, ceci afin de faire tomber le taux de compression de 7,25 à 1 pour la 350 à 6,2 à 1 pour la 500, qui y gagne tout de même quatre chevaux". Elle fait vraiment dans le rétro: chromes à gogo: garde-boues, réservoir, échappement aux lignes parfaites; l'avant elle, est fidèle aux belles Anglaises des années 30: compteur sobre, ampèremètre permettant de déceler le point mort et gros interrupteur noir pour les phares. Du côté moteur, c'est du solide: une fois que vous enfourchez la Bullet, vous découvrez qu'elle est lourde (163kg), mais stable. Appuyez sur le starter au-dessus du carburateur Mikumi, un petit coup de kick... et le "pat-pat-pat-" des Bullet, pétarade unique au monde, vous ravit les sens. La Bullet n'a pas une accélération des plus fulgurantes, mais elle monte confortablement à 130… et n'en bouge plus. La tenue de route est bonne et elle avale les kilomètres sans problème; seuls les amortisseurs arrière (sous licence Girling) sont un peu durs et on aura raison de les changer. Le freinage, à tambour, comme au bon vieux temps, se révèle suffisant.

     
  • ISBN : 978-2-296-11921-5 • juin 2010
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