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LES ENFANTS DÉFICIENTS INTELLECTUELS EN SITUATION DE HANDICAP À L'ÉCOLE

Enjeux, questions, méthodes

Philippe Mazereau

LA DÉFICIENCE MENTALE CHEZ L'ENFANT ENTRE ÉCOLE ET PSYCHIATRIE
Date de publication : 2002

L'auteur tente un état de la question en matière d'intégration scolaire des enfants déficients intellectuels. Il met à jour les contradictions produites par la politique actuelle de renforcement de l'intégration scolaire qui téléscope la logique socio-historique du champ de l'éducation spéciale. L'école et la psychiatrie ont construit des clivages et des oppositions mutuelles quant à la définition et au traitement de la déficience mentale. On les retrouve dans le cloisonnement entre structures scolaires, médico-sociels et sanitaires qui ont d'importants retentissements dans les cultures professionnelles. La force de ces oppositions explique la difficulté actuelle de faire reconnaître le droit légitime à une scolarisation ordinaire pour tous les enfants en situation de handicap, assorti d'un droit à la compensation. Les outils juridiques et techniques sont en place, la bonne volonté de beaucoup d'acteurs existe, reste le plus difficile: que les institutions scolaires et médico-éducatives s'organisent conjointement pour que l'exception d'intégration scolaire devienne la règle.

Les enfants en situation de handicap a l'école : enjeux, questions, méthodes

L'intégration scolaire des enfants et adolescents reconnus déficients intellectuels reste en France largement problématique, à tel point qu'il importe de l'aborder sous ses aspects à la fois historique, politique, institutionnel et scientifique. En effet, vingt et un ans après le lancement de la politique d'intégration, alors même que les textes réglementaires et les incitations politiques se sont régulièrement succédés, le constat de l'important chemin qui reste à parcourir pour rendre effectif l'accueil de tous les enfants à l'école, sous une forme adaptée à leurs besoins spécifiques, s'impose à tous. Avant tout ce sont les familles et leurs enfants en situation de handicap qui continuent de peiner à faire reconnaître cette exigence sociale légitime.

L'analyse que je développerai dans cette contribution prend sa source dans une double approche. Celle d'un praticien de l'intégration scolaire, en tant que responsable d'établissement et de services - IME, SESSAD, service d'auxiliaire de vie scolaire - et membre de commissions de l'éducation spéciale. Celle d'un chercheur ayant, à partir de sa pratique, construit une démarche de sociologie de la connaissance, sur les questions liées aux cadres socio-institutionnels d'appréhension de la déficience mentale. Ce double ancrage qui n'est certes pas exempt de contradictions présente néanmoins l'avantage d'éviter les pièges de la simplification.

Le développement s'organisera en trois parties. La première récapitulera les phases historiques de construction du problème, la seconde tentera un inventaire des principaux sujets d'actualité posés par l'intégration scolaire ; enfin dans la troisième je risquerai quelques principes pour l'avenir. La spécificité de la situation des élèves déficients intellectuels est abordée ici dans le cadre général des situations de handicap, ce qui en soi est déjà une manière de ne pas en faire une exception.



I- La voie française de l'institutionnalisation de l'éducation spéciale

L'interrogation essentielle, d'une portée quasi anthropologique, qui parcourt toute l'histoire de l'éducation spéciale est celle de l'éducabilité du sujet déficient. Les instances politiques ont très tôt sollicité les spécialistes pour obtenir des indications sur les caractérisations des publics envers lesquels devait s'exercer la solidarité nationale. Ceux-ci furent convoqués pour fournir les instruments d'un classement scientifique des sujets, permettant d'affiner les catégories sociales générales de l'anormalité, de l'inadaptation et du handicap. L'éducation spéciale s'est érigée en concrétisant les liens entre une impulsion politique et la codification de classements savants ayant des conséquences directement pratiques en terme d'institutions d'accueil. Comme le synthétise le tableau ci-après, le champ s'est structuré autour d'une démarche légitimant le fait qu'à chaque sous-catégorie de déficience doit correspondre une institution spécifique. De plus, s'agissant de la déficience mentale, sa géographie met en jeu les frontières corporatives attachées aux concepts de maladie, d'inadaptation, de handicap. Ce phénomène a produit la notion de l'agrément, censé éviter le mélange ou l'indétermination des publics, symbolisant un abandon social et scientifique. L'asile et l'école représentent ainsi, dans l'imaginaire de la prise en compte de la déficience mentale, les deux faces du même renoncement à éduquer pour l'un, à soigner pour l'autre. Les logiques du cloisonnement et de la spécialisation s'entretiennent donc mutuellement depuis les origines du champ, au point qu'y compris les discours de dénonciation des clivages et les appels à la collaboration font partie des rituels.



1) 1904-1975 : Emergence et étanchéité des réseaux scolaire, médico-social et sanitaire

Les choses se sont nouées à l'occasion de la discussion sur la question de savoir quels étaient les enfants anorma

     
  • ISBN : 2-7475-2424-8 • 2002
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