LES GRANDS CYCLES ÉCONOMIQUES

mai 2003

Rodrigue Tremblay

Date de publication : avril 2004

Dans le monde naturel, l'existence de cycles récurrents et précis ne fait pas de doute : le jour succède à la nuit ; les saisons se suivent et reviennent ; même les tempêtes, les tremblements de terre et les cataclysmes suivent des cycles plus ou moins prévisibles.

Dans le monde humain, le cycle de la vie et de la mort est une évidence. Et il y a aussi des cycles dans les affaires humaines, économiques et politiques.

On ne retrouve pas dans les affaires humaines, bien sûr, le même déterminisme que l'on observe dans le monde physique naturel. Cela ne signifie pas cependant que l'on n'observe pas des récurrences et des alternances dans le temps entre des périodes d'optimisme où dominent des demandes excédentaires et des périodes de pessimisme quand ce sont les offres excédentaires qui dominent.

On entend souvent dire que les cycles économiques sont imprécis, qu'ils servent davantage à expliquer le passé qu'à prédire l'avenir, ou encore, qu'ils sont des illusions statistiques. Mon idée sur la question est la suivante : certains économistes préfèrent parfois une chose extrêmement précise qui est fausse, à une autre moins précise qui est vraie.

La base empirique des cycles observés

Avec les cycles, la base empirique est plus solide que les explications théoriques de la dynamique derrière les cycles. Il est difficile de nier la réalité, mais on peut plus facilement contester les explications théoriques des phénomènes.

D'un point de vue empirique, ce n'est pas d'hier que les chercheurs ont observé des alternances récurrentes dans les indicateurs économiques, à commencer par ces indicateurs chargés d'informations que sont les prix. Le plus long cycle dans les prix de gros est bien sûr le cycle de Kondratieff. L'alternance de longue durée entre des phases inflationnistes, des phases de désinflation et des phases plus ou moins longues de déflation est indéniable.

L'économiste russe Nicolaï D. Kondratieff, en effet, .Kondratieff avait observé que les économies capitalistes généraient des séries de prix de gros des marchandises qui oscillaient autour d'une tendance et à des rythmes d'une durée allant de 47 ans à 60 ans.

De nombreux auteurs, dont Joseph S. Schumpeter n'est pas le moindre, ont confirmé ces grandes vagues de prix, soit en les lissant pour expurger les cycles courts, soit en considérant les taux d'inflation . En fait, de 1790 à aujourd'hui, si on les mesure de creux à creux, on observe quatre grandes vagues d'inflation-désinflation-déflation :

- une qui suivit la dépression des années 1780 et la Révolution française, et qui s'étendit de 1790 à 1848, culminant avec les troubles économiques du milieu du XIXe siècle ;

- une autre qui s'étendit de 1849 à 1895, culminant avec la dépression de 1896-1900;

- une troisième allant de 1896 jusqu'à 1948, culminant avec la dépression des années '30 et la Deuxième Grande Guerre (1939-45) ;

- et, finalement, celle qui dura approximativement de 1949 à 2003.

Les pics d'inflation des cycles de Kondratieff sont encore plus nets, car alors que les périodes de désinflation se prolongent, les périodes d'intense inflation sont relativement courtes. Il y a eu l'inflation d'après Waterloo en 1815 ; celle qui a coïncidé avec la Guerre de Sécession aux États-Unis en 1865-66 ; celle qui a suivi la Première Grande Guerre en 1920-21 ; et celle qui a culminé en 1980, soit après la fin de la Guerre du Vietnam (1962-1973) et les hausses des cours pétroliers par l'Organisation des Pays Producteurs de Pétrole (OPEP) . On remarque donc un lien évident entre les guerres et l'inflation.

Le cycle de Kondratieff. et autres cycles

Les fins de cycles de Kondratieff sont à craindre lorsque les cycles courts et moyens sont eux-mêmes en baisse. Schumpeter avait bien saisi le lien entre les principaux cycles économiques de différentes durées en mettant l'emphase sur le cycle décennal de 9-10 ans, le cycle de Juglar et le cycle moyen, soit le cycle de Kuznet

     
  • avril 2004