APERÇU D'UN MONDE SANS VIOLENCE ÉDUCATIVE

Olivier Maurel

Date de publication : janvier 2005

Pourquoi appelle-t-on :
- cruauté le fait de frapper un animal
- agression le fait de frapper un animal
- éducation le fait de frapper un enfant?
(Slogan anonyme)

Cet article a été publié pour la première fois dans le livre de Catherine Dumonteil-Kremer, Elever son enfant...autrement. La Plage, 2003

Que serait un monde où la violence éducative serait sensiblement réduite, c’est-à-dire où l’on éviterait de frapper les enfants et où on les élèverait avec tendresse et respect tout en les aidant à développer eux-mêmes des liens de bienveillance avec les autres?

On peut répondre à cette question en s’appuyant sur des faits précis.

Des témoignages d’ethnologues, Margaret Mead et Jean Liedloff notamment, décrivent des sociétés sans écriture où l’éducation des enfants était, à l’époque où elle a pu être observée, particulièrement douce. Ces sociétés sont aussi décrites comme sensiblement plus pacifiques et tolérantes que des sociétés voisines, d’un degré d’évolution semblable, et dont les systèmes d’éducation étaient plus violents.

D’autre part, les études sur l’histoire de la violence montrent que les pays modernes européens qui ont le plus évolué dans le sens d’une plus grande douceur éducative ont une vie sociale et politique bien moins violente qu’au XIXe siècle. La délinquance et la criminalité y sont sensiblement moins fortes. Et les violences que l’on constate encore dans ces pays sont très souvent le fait de catégories de la population où l’éducation est restée beaucoup plus proche de ce qu’était l’éducation ordinaire au XVIIIe siècle ou au début du XIXe siècle. De même, c’est dans les régions de l’Europe où l’éducation est restée la plus traditionnelle, la plus patriarcale et donc la plus violente (Balkans, Corse, Irlande) que l’on constate encore les formes de violence, de criminalité et de terrorisme les plus meurtrières.

Enfin, l’interdiction des châtiments corporels dans les familles votée en Suède en 1979 commence à donner des résultats encourageants. Le docteur Jacqueline Cornet, dans la brochure de l’association Éduquer sans frapper, rapporte ce qui suit : “Les statistiques du gouvernement suédois attestent qu’aucun enfant n’est plus mort des suites de violence familiale, le nombre de procès pour maltraitance d’enfants a diminué, de même que le nombre d’enfants enlevés à leurs parents suite à une intervention des services sociaux : entre 1982 et 1995, les “mesures obligatoires” administrées chaque année ont diminué de 46% et les “placements en foyer” de 26%.” De plus “le criminologue F. Estrada, qui étudie les tendances de la délinquance juvénile en Europe depuis la guerre, déclare : “les études sur les rapports provenant du Danemark (où existe aussi une loi contre la violence éducative) et de la Suède indiquent que les jeunes d’aujourd’hui sont plus disciplinés que (...) le pourcentage de jeunes de 15 à 17 ans condamnés pour vol a diminué de 21% entre 1975 et 1996... le pourcentage de jeunes qui consomment de l’alcool ou qui ont goûté à la drogue a également diminué régulièrement depuis 1971...le pourcentage de suicides chez les jeunes et celui des jeunes condamnés pour viol ont aussi diminué entre 1970 et 1996.” Alors que le nombre de délits commis par les jeunes a augmenté dans tous les autres pays d’Europe de l’ouest et d’Europe centrale depuis la guerre”.

A partir de ces quelques faits et de ce que l’on sait des effets négatifs de la violence éducative, il est permis de supputer ce que pourraient être les conséquences plus générales et à plus long terme d’une réduction sensible de cette violence.

Il est vraisemblable que les conséquences subies les adultes qui ont été frappés enfants seraient réduites : moins de maladies physiques et mentales, notamment de dépressions; moins de tendances autodestructrices par l’alcool, la drogue ou le tabac; moins de suicides; moins d’accidents.

De même, les tendances à faire subir aux autres les répercussions de ce que l’on a souffert enfant seraient aussi très vraisemblablement réduites : délinquance et criminalité, violences familiales, viols, agressions de toutes sortes.

A partir des études d’Emmanuel Todd et d’Alice Miller, qui ont tous deux montré que la violence éducative avait des répercussions sociales et politiques, il y a de fortes raisons de supposer qu’un

     
  • janvier 2005

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