LA NON-VIOLENCE ACTIVE

Olivier Maurel, Danielle Claquin, Françoise Reynès

Date de publication : janvier 2005

Il y a deux sortes d'efficacité, celle du typhon et celle de la sève
Albert Camus

1 - La non-violence est-elle une utopie, un idéal ou une réalité concrète?

- Signification du mot utopie : qui n’existe en aucun lieu.

- La NV n’en est pas une parce qu’elle a été pratiquée et l’est encore dans bien des lieux géographiquement et historiquement situés et elle est même de plus en plus pratiquée. On le voit si on y fait attention.

- Libération de l’Inde, lutte pour les droits civiques des Noirs américains, résistance des dissidents russes, lutte des Mères de la Place de Mai en Argentine, action du syndicat Solidarnocz en Pologne, lutte des paysans du Larzac, renversement de dictature aux Philippines et à Madagascar, lutte de l’opposante et Prix Nobel birmane Aung San Suu Kyi, lutte de l’association française Droit au logement, lutte écologique de Greenpeace et Robin des Bois, la plupart des actions contre la mondialisation, et une multitude de micro-actions chaque jour.

- Sans compter aussi les millions de gens qui la pratiquent tous les jours dans leur vie quotidienne, non seulement en n’usant pas de violence (ce n’est que l’aspect négatif de la non-violence) mais surtout en s’affirmant, en ne fuyant pas le conflit éventuellement, mais en l’assumant sans violence et dans le respect de soi et des autres.



2 - Qu’est ce que la non-violence active?

- Au fond, la non-violence c’est un comportement qui consiste à se faire respecter et faire respecter ses droits, ceux des autres aussi, en respectant la personne des adversaires à qui on se trouve confronté. Cette distinction entre les personnes (par exemple, policiers, militaires, juges, etc) et l’injustice dont ils sont responsables est essentielle. On s’attaque à l’injustice, pas aux personnes.



3 - Quels sont les moyens de la non-violence?

- Ils sont très nombreux et très variés et il s’en invente tous les jours car la NV fait appel à l’imagination.

- Les principaux sont la non-coopération et la désobéissance civile, mais il faut aussi ajouter la parole (mettre des mots à la place des coups), la médiation, la loi et le droit, l’information, l’obstruction civile.

- Mais je voudrais insister surtout sur le respect des personnes qui est à la fois un but et un moyen. En renonçant à la violence, en respectant les personnes, on ne se prive pas d’un moyen d’action, on en acquiert un beaucoup plus puissant. Les systèmes politiques auxquels on peut être amené à s’attaquer ne sont pas des blocs d’acier. Ils sont faits d’hommes dont certains peuvent être impitoyables, mais dont beaucoup sont des gens ordinaires qui peuvent refuser à participer à des actes injustes, cruels ou inhumains s’ils n’y sont pas poussés par l’instinct de conservation. Or, en respectant les personnes, c’est précisément l’instinct de conservation qu’on met en quelque sorte hors jeu. Face à un action non-violente, policiers et militaires savent qu’on ne leur fera aucun mal. Et si du côté de leur hiérarchie on leur donne des ordres de répression, ils risquent de ne pas obéir de bon coeur, voire de ne pas obéir du tout. Cela s’est produit un grand nombre de fois (policiers américains face aux sit-il des Noirs, soldats philippins sur leurs blindés face à la foule assise au pied même des blindés, juges polonais refusant de juger les militants de Solidarnosc, gardiens de prison informant les dissidents russes des soutiens dont ils bénéficiaient à l’extérieur, etc).

- Et ce moyen est formidablement efficace face aux dictateurs les plus impitoyables. Hitler lui-même a dû céder à plusieurs reprises face à des formes de résistance non-violentes. Par exemple :

- quand l’évêque de Munster, Mgr Galen a fait un sermon et organisé une distribution de tracts pour dénoncer l’euthanasie des malades mentaux et des vieillards impotents;

- quand les épouses allemandes de juifs sont venues manifester plusieurs jours en plein Berlin pour protester contre l’arrestation de leurs maris à qui elles ont pu éviter ainsi la déportation;

- et surtout en Bulgarie où toute la communauté juive bulgare (50

     
  • Emission pour RCF, 14 avril 2004
    avec Françoise Reynès et Danielle Clacquin
  • janvier 2005

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