VIOLENCE ÉDUCATIVE ET EGLISE CATHOLIQUE

Olivier Maurel, Danielle Claquin, Françoise Reynès.

Date de publication : janvier 2005

Ce que vous faites à un de ces petits, c'est à moi que vous le faites.
Evangile.

1. Danielle. Pouvez-vous rappeler brièvement la définition que vous avez donnée de la violence éducative dans la précédente émission?

La “violence éducative ordinaire”, c’est le niveau de violence qu’une société donnée considère comme normal pour éduquer et faire obéir les enfants. C’est par exemple, en France, la gifle et la fessée. Mais les coups de ceinture et de bâton, sont vus comme de la maltraitance.

Mais le niveau de la violence éducative ordinaire varie selon les pays : en Afrique, par exemple, la bastonnade est considérée comme normale; en Suède et dans les douze pays qui ont interdit toute violence éducative, même la gifle est considérée comme maltraitance.

2. Françoise. En moyenne, dans le monde, est-ce qu’on est plus près de l’Afrique ou de la Suède?

Sans aucun doute de l’Afrique. La baisse du niveau de la violence éducative dans la plupart des pays européens fait que nous ne nous rendons pas compte avec quelle violence les enfants sont battus quasi quotidiennement partout ailleurs (comme ils l’étaient en France il y a un siècle et demi ou deux), à quelques exceptions près, à l’école et à la maison. Et il faut avoir cela bien présent à l’esprit pour comprendre la nécessité d’agir contre cette violence.

3. Danielle. Et vous avez montré aussi la dernière fois que les effets de cette violence sont réellement graves.

Oui, ils agissent sur le corps de l’enfant et sur son esprit.

Un des effets les plus grave des punitions corporelles, c’est qu’elles rendent les enfants violents en leur apprenant à trouver normal de régler les conflits par la violence. Que ce soit par exemple dans la vie familiale et conjugale ou dans la vie politique et sociale. Les régions du monde où l’on frappe le plus les enfants sont aussi celles où la pratique de la violence conjugale est la plus répandue.

S’ils ne deviennent pas violents par eux-mêmes, les enfants sont dressés à se soumettre non pas à la loi, ni à leur conscience, mais à la violence et aux leaders violents, ce qui a évidemment de graves répercussions dans la vie sociale.

Les principaux dictateurs du XXe siècle ont tous été des enfants abominablement battus. Et comme l’éducation violente était la règle dans leur pays, ils n’ont pas eu de mal à trouver des gens prêts à se soumettre à leur violence et à en devenir les agents zélés.

Il y a bien d’autres effets de la violence éducative sur les enfants, mais il nous faut maintenant aborder le sujet d’aujourd’hui.

4. Françoise. Oui, et ce sujet c’est le rapport que l’Eglise a eu avec la violence éducative. Pourquoi, à votre avis, faut-il se poser cette question?

La première raison, c’est que malheureusement l’Eglise, dans ses établissements scolaires a longtemps pratiqué la violence éducative, et souvent de façon extrêmement cruelle.

5. Françoise. Pouvez-vous en donner des exemples?

Malheureusement, on peut en citer des quantités.

Tout d’abord, on sait que depuis le haut Moyen-Âge jusqu’à la Révolution, tous les établissements scolaires étaient religieux. Or, sur toutes les gravures, peintures et sculptures représentant les maîtres, l’attribut qu’ils ont toujours en main ou suspendu au-dessus de leur chaire, ce sont les verges, c’est-à-dire une poignée de baguettes dont ils se servaient avec une grande violence. Montaigne a témoigné, au XVIe siècle, avoir vu le sol de sa classe jonché de baguettes ensanglantées.

Mais de tels traitements ne se sont pas arrêtés avec la Révolution. De très nombreux témoignages montrent que la violence éducative a sévi dans beaucoup d’établissements religieux - et pas seulement religieux - jusqu’à nos jours.

Le fils d’un ami m’a dit avoir dû rester à genoux, les bras en croix, une Bible dans chaque main, sous la menace de coups s’il baissait les bras, dans un établissement religieux de Lyon, dans les années 1970.

Aux Maristes de Toulon, dans les années soixante, quand ils étaient près de la Place de la Liberté, un de mes beaux-frères a dû, avec ses camarades, sur l’ordre

     
  • Emission sur RCF (Radio chrétienne de Toulon) du 26 mai 2004. Présence mariste.
    Cette émission, enregistrée à la date indiquée dans le titre a été diffusée, comme les trois autres, au cours des mois d'octobre et novembre sur RCF.
  • janvier 2005

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