LETTRE À UN RABBIN SUR LA VIOLENCE ÉDUCATIVE

Olivier Maurel


EDUCATION
Date de publication : février 2007

"La dernière chose dont prend conscience le poisson, c'est de l'eau de son bocal" Proverbe.

Dans mon travail de recherche sur la violence, je lis la majorité des livres qui portent sur ce sujet.

Je viens ainsi de lire l'ouvrage collectif : La Violence, Ce qu'en disent les religions (Éditions de l'Atelier, Éditions ouvrières, 2002). Ce livre a été réalisé sous la direction du philosophe Philippe Gaudin. Cinq religions y sont représentées, chacune par un spécialiste. L'hindouisme est représenté par Véronique Bouillier, directrice de recherche au CNRS et ethnologue, le christianisme par le pasteur François Clavairoly, de l'Église réformée de France, le judaïsme par le rabbin Daniel Farhi, du Mouvement juif libéral de France, l'islam par Mehrézia Labidi-Maïza, traductrice et spécialiste des textes sur l'islam et la société arabo-musulmane, et enfin le bouddhisme par Fabrice Midal, docteur en philosophie et auteur d'ouvrages sur le bouddhisme tibétain.

Ce livre est intéressant et écrit par des auteurs soucieux de lutter contre la violence et pour la paix. Mais je le lisais surtout pour voir si la violence éducative était prise en compte parmi les causes possibles de la violence.

Or, une fois de plus, et même si je commence à y être habitué, j'ai ressenti une sorte de désespoir à voir qu'aucun de ces auteurs n'a mentionné à aucun moment la violence éducative comme source possible de la violence humaine.

J'avoue que je trouve assez extraordinaire l'attitude des religions et des croyants qui disent vouloir lutter contre la violence et ne prêtent pas la moindre attention au fait que depuis des millénaires, la quasi totalité des enfants reçoivent leur première initiation à la violence de la main même de leurs parents puis de leurs maîtres ! Pourtant, ne serait-il pas logique, quand on constate une violence en aval, d'aller chercher en amont ce qui a pu provoquer cette violence ? Mais non !

Alors, on propose toutes sortes de moyens du genre de la prière, de l'ascèse, de l'étude, de la lutte contre les passions, du “lâcher-prise”, tous moyens fort difficile en fait à mettre en pratique et dont l'expérience des religions elles-mêmes montre que leur efficacité est très relative, vu qu'on ne s'étripe jamais aussi bien qu'entre pieux coreligionnaires.

J'ai appris depuis un certain temps à ne pas trop me laisser aller à la colère devant un tel manque de lucidité, d'autant plus que je sais bien que si je n'avais pas lu les livres d'Alice Miller, j'en serais encore moi aussi à errer à la recherche des causes de la violence.

Mais dans ces cas-là, j'écris quand même aux auteurs pour leur signaler qu'il faudrait un peu prêter attention à ce qui se passe dans l'enfance des petits des hommes.

En l'occurrence, j'ai adressé ma lettre au Rabbin Daniel Farhi parce que c'est dans la Bible qu'on trouve la plus précise incitation à la violence éducative sous la forme de nombreux proverbes et j'ai trouvé étonnant qu'il n'en ait pas dit un mot. J'ai ensuite transmis ma lettre au rabbin Farhi aux cinq autres auteurs.

Voici le texte de cette lettre :

Monsieur le Rabbin,

Je viens de lire le chapitre que vous avez consacré, dans l'ouvrage collectif La Violence, ce qu'en disent les religions, au Judaïsme devant la violence de la Bible.

Ce chapitre m'a beaucoup intéressé. Mais je dois dire que j'ai été surpris par le fait que vous n'y mentionnez à aucun moment une forme de violence pourtant bien présente dans la Bible et particulièrement importante puisqu'elle concerne l'éducation des enfants et peut donc avoir une incidence directe sur leur comportement une fois devenus adolescents et adultes.

Je veux parler des multiples proverbes qui, dans le livre des Proverbes, recommandent de frapper les enfants pour les faire obéir.

Il est indéniable que ces proverbes ont eu une influence majeure à la fois sur le judaïsme, sur le christianisme et sur l'islam. Dans les familles et dans les établissements d'enseignement religieux, on a battu les enfants en toute bonne conscience pour leur obéir, et on continue actuellement à le faire dans beaucoup de

     
  • Olivier Maurel, le 11 février 2007
  • février 2007

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