Compléments d'ouvrage

Présentation de l’ouvrage Médecine et nazisme, collectif paru aux éditions L’Harmattan

D’emblée, on est frappé par l’esprit de synthèse et la culture des auteurs de ce Médecine et nazisme : les faits, orientations bibliographiques, élaborations et documents présentés ne peuvent laisser indifférents. À la lecture, on est immédiatement submergé par les souvenirs trop facilement refoulés, mais qui ne demandent qu’à réémerger pour peu qu’ils se trouvent sollicités. Ainsi :
Psychiatre d’origine bourgeoise et d’éducation chrétienne, j’ai grandi dans une ville de province après la Deuxième Guerre mondiale. Tandis que mon grand-père vivait dans le souvenir de ce " grand homme " qu’avait été le maréchal Pétain, il était fréquent que ma mère évoquât les Juifs comme des êtres différents, essentiellement par leur anatomie. Mon père, résistant dans le Vercors, avait finalement intégré l’active alors qu’il s’était initialement destiné à la médecine. Une zone d’incompréhension persiste quant au choix de mon prénom, Anne, et de celui de mon frère jumeau, Franck. Ce n’est qu’à l’adolescence, à la lecture du célèbre " Journal ", que nous en entrevîmes la possible origine, sans toutefois jamais pouvoir la déterminer avec précision. Il n’est pas rare que et héritage me plonge dans une infinie tristesse, tout comme le souvenir de cette amitié refusée : une petite fille de mon âge, elle était juive...
J’ai toujours eu plutôt tendance à fuir les images qui font cortège à l’évocation de la Shoah, mais je dois au film de C. Lanzmann d’en être venue à m’interroger sur les conduites criminelles des médecins sous le règne de Hitler. Il faut le dire : Médecine et nazisme dérange. Oui, ce travail dérange par l’intelligence de la narration, par la lucidité du propos, par sa rage à vouloir révéler ce qui a trop longtemps été objet de dissimulation, par sa détermination à vouloir accéder aux profondeurs du psychisme humain, là où il n’y a plus rien à dire, plus rien à voir, là où en chacun de nous la barbarie prend racine.
Les auteurs de Médecine et nazisme (les docteurs H. Brunswic et A. Henry, ainsi que T. Feral) affirment la nécessité de s’interdire le meurtre de l’autre dans la réalité, ce meurtre qui pourtant fonde notre origine. En nous confrontant délibérément à cette contradiction primordiale et en militant pour le primat de la morale comme substrat de la pratique médicale et plus généralement des rapports sociaux, Médecine et nazisme suscite une réflexion des plus bénéfiques.

Dr A. Viard


Si ce sujet vous intéresse, voir également l’émouvant témoignage de Saül Oren-Hornfeld, Comme un feu brûlant. Expérimentations médicales au camp de Sachsenhausen, L’Harmattan. Arrivé le 24 juin 1943 à Auschwitz à l’âge de 14 ans, S. Oren-Hornfeld sera sélectionné à la rampe avec dix autres enfants par le docteur Arnold Dohmen qui pratiquera sur eux des expériences sur l’hépatite. Avec une préface de dix pages de Thierry Feral sur le " témoignage concentrationnaire ".