Entretien avec l'auteur

Des paroles de la plus belle eau pour la soif poétique

Les poèmes de Cristina Castello sont des cruches comblées d’eau fraîche au milieu du désert et sur le sable immense. Ses paroles tombent comme la pluie -doucement et à torrents- dans Soif/Sed: son premier livre de poèmes édité en français et en espagnol par L' Harmattan sous la garde attentive de Ricardo Dessau.
L’impeccable collection bilingue Poètes des Cinq Continents (dirigée par Geneviève Clancy, Emmanuelle Moysan et Mithridad Pourmir) réunit les lumineux préfaces de François Xavier et Oscar Barney Finn qui caressent les 44 poèmes qui accomplissent le mandat sacré de l’écriture: «donner de la voix au silence». Les sept illustrations révélatrices d’ Antonio Seguí donnent des ailes à la soif et une réalité de faucilles à la parole.
Lire Soif nous fait avoir soif et rassasie l’envie de liberté poétique. Cette lecture libère les mots sans attaches de la journaliste-poète et ses anges révoltés.
Soif est un livre aussi nécessaire que l’eau: il caresse l’âme avec du bleu et du jaune.
L’art est la joie de la poète épanouie et sa soif est indispensable pour que la source fasse irruption, trempe et nourrisse les lecteurs remerciants de tant de beauté.
Verbe pur et nom nu, c’est Cristina Castello, la femme des mots cristallins, la journaliste poète qui, en mai et à Paris, présentera son premier livre de poèmes illustrés par le grand Antonio Seguí : « Sed »/ « Soif ».
Accompagnée de ses muses aux ailes blanches elle est venue dans L’Île pour nous faire cadeau d’une entrevue parsemée de vols, d’anges et d’oiseaux.




- Qu’est-ce que c’est la soif ?
- C’est le principe de la vie et un mandat adressé à l’être intérieur. C’est l’ennui et la sérénité, le désespoir et l’espoir, le désert et la source. Sans soif il n’y a ni désir, ni plaisir ni vérité; il n’y a pas d’abîmes qui songent à des sommets, il n’y a pas l’entêtement de la mer, non plus. Sans soif il n’y a ni la beauté ni les yeux qui la recréent. Sans soif la science … cette équation poétique et vitale qui sauve des vies et multiplie les fleurs, qui allume des aubes et engendre l’amour, n’existerait pas non plus; Miguel de Cervantes nous avertissait déjà que la poésie servait toutes les sciences, mais celles-ci sont obligées de s’en autoriser . Sans soif il n’y a pas de poésie, car la poésie elle-même est soif ; et soif et poésie, signifient s’éveiller à la lumière.
- « Soif gorge sable » s’appelle la première soif, disons, de ton recueil « Soif », et là tu as écrit « Soif d’orphelins hurlants/ Soif de pluie dans l’horizon/ Soif exile de l'Infini/ Hurlement dans le désert, soif/ Soif exile de rosée… ». Ta poésie est pleine d’images multiples et intenses, fortes, en tout cas…Sais-tu pourquoi ?
- Non. Je sais seulement qu’il y a des thèmes ou des mots qui me guettent et me poursuivent, et il y a aussi des situations limites, comme la cruauté et l’amour, ou la non compréhension des semailles de bonté par la bonté elle-même -de la part des êtres tortueux-, qui défont les nœuds de l’esprit, désarticulent les peurs, stimulent l’imagination ; bref, elles me font écrire. Tu sais que l’indifférence m’est étrange, donc le silence me fait peur et devient poème. Et pourtant, j’aime aussi écrire sans m’inspirer des idées préconçues : j’aime observer la couleur blanche de la feuille ou de l’écran et laisser que l’alphabet y dessine des chorégraphies.
- C’est ton côté ludique ?
- Peut-être … et c’est aussi ma quête vers la connaissance intérieure. Le résultat de ce tour des caractères qui cherche sa place et émerge de mon être le plus profond, est une danse. Et cette danse, c’est moi, et c’est en elle que je me découvre.
- Et toi, comment te vois-tu ?
- Des fois heureuse, des fois souffrante. Souffrante quand, par exemple, ma danse me raconte que je me suis éloignée de moi-même, ou bien quand je n’ai pas pu retrouver mes racines. Comme le poète Rafael Cadenas, « Je veux des exactitudes effrayantes./ Je tremble quand je crois avoir falsi

Propos recueillis par Claudia Sosa

DIARIO UNO


Traduction faite par Patricia J.Pioli Pj_pioli@voila.fr

Auteur concerné