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ONU : David Lawson dresse un bilan mitigé des OMD

L'Assemblée générale des Nations unies a tenu, il y a près d'un mois à New York, une session spéciale pour adopter les Objectifs pour le développement durable qui doivent permettre d'éradiquer la pauvreté, réduire les inégalités et les effets des changements climatiques, à l'horizon 2030. Près de 193 pays avaient pris part à ladite session.

Joint au téléphone en fin de week-end à New York, David Lawson, le représentant du Fonds des Nations unies pour la population au Congo de 2009 à 2014, aujourd'hui directeur des Programmes et des activités opérationnelles de l'organisation internationale Engenderhealth, a donné les perspectives de cet événement. Il rappelle que cette réunion historique a permis de tourner rapidement la page des Objectifs du millénaire pour le développement adoptés avec le même faste en l'an 2000 et dont l'échéance coïncidait avec l'adoption de ces nouveaux objectifs. Il indique que d'après l'OMS, la mortalité maternelle -l'OMD5- a baissé globalement de 40% au cours des vingt dernières années. Une réduction notable certes, mais bien loin de l'objectif de réduction des décès maternels de 75% entre 1990 et 2015. L'Afrique sub-saharienne reste la plus touchée par la mortalité maternelle, avec 56% des décès mondiaux.

Pourtant, d'après Lawson, sur un continent trop habitué aux mauvaises nouvelles, il y a un motif de satisfaction. Même si la nouvelle a été largement occultée par les récents développements sur le continent africain eu égard aux processus électoraux, aux développements politiques et au virus Ebola.

Qu'en est-il du Congo ?

Le Congo-Bazzaville a dépassé les tendances globales en matière de mortalité maternelle. En effet, seuls trois pays en Afrique sub-saharienne ont atteint l'objectif 5 en 2015. Il s'agit de la Guinée Équatoriale, de l'Érythrée et du Rwanda. La République du Congo suit les pays ayant réalisé l'une des plus spectaculaires progressions dans la région.

L'ancien diplomate onusien souligne que d'après le ministère de la Santé et de la population congolaise, le taux de mortalité maternelle est passé de 890 à 1100 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes entre 1990 et 2002. D'après lui, cette augmentation s'explique par les troubles politiques qui ont secoué le pays durant cette période. Selon les données de l'enquête démographique et de santé, en 2005, le taux de mortalité maternelle était de 781 décès pour 100.000 naissances vivantes. Enfin, en 2013, la dernière enquête démographique et de santé de 2012, déterminait le taux de mortalité maternelle à 426 décès pour 100.000 naissances vivantes ; soit une réduction de la mortalité maternelle de 52.15% au cours des vingt-trois dernières années et une réduction spectaculaire de 62.3% au cours de la dernière décennie.

Comment expliquer ce succès ?

David Lawson affirme que les raisons d'un tel succès sont connues. Dès 2009, le président Denis Sassou N'Guesso, à la tête de l'Union africaine avait déclaré "qu'aucune femme ne devait mourir en donnant la vie" ; adoption de la feuille de route pour l'accélération de la réduction de la mortalité maternelle en 2010 ; mise en place de l'observatoire des décès maternels en 2011, afin d'analyser précisément les causes des décès maternels pour mieux les prévenir ; mise en œuvre de la gratuité de la césarienne en 2011 suite à la décision du président de la République ; mise en œuvre de la Campagne de mobilisation pour la réduction de la mortalité maternelle et la désignation d'une ambassadrice de la campagne au Congo ; renforcement massif de la planification familiale, de la formation des sage-femmes et des chirurgiens en soins obstétricaux et néonataux d'urgence, et des plateaux techniques des principaux centres de santé ; enfin, campagnes médiatiques massives de sensibilisation des populations, des femmes sur leur santé et leurs droits en la matière.

En poste au Congo, David Lawson avait fait de la réduction de la mortalité maternelle sa principale priorité et avait conseillé et accompagné le gouvernement congolais dans la définition et la mise en œuvre de cette stratégie gagnante. Selon lui, celle-ci nécessitera un engagement politique, une assistance technique mais également un engagement financier important de sa part. Dès 2009, Lawson avait investi 3 milliards de francs CFA dans la lutte contre la mortalité maternelle. Cet effort financier aura été soutenu et augmenté jusqu'au départ de l'ancien représentant onusien au Congo, en 2013.

Lawson rappelle que dans un pays à revenu intermédiaire, les besoins financiers ne sont certes pas ceux d'un pays moins avancé, mais ils sont importants en matière sociale. Il précise que la stratégie de soutien au gouvernement pour la réduction de la mortalité maternelle au Congo reconnue internationalement s'est avérée payante. D'après ce diplomate, "Pour aider les femmes du Congo, il est essentiel que les partenaires au développement, notamment le premier d'entre eux en termes de capacité d'assistance financière et technique, assumant son leadership mondial dans la santé maternelle, le Fonds des Nations unies pour la population revoit sa stratégie d'appui au gouvernement congolais, en rétablissant des investissements financiers et des personnels techniques à hauteur de l'engagement politique du gouvernement en cette matière et lui permettant d'achever ce qui fut initié avec succès par mes soins en l'incitant à continuer à investir en ressources financières, techniques et humaines dans la santé maternelle".

Faustin Akono

LES DEPECHES DE BRAZZAVILLE, octobre 2015

http://www.adiac-congo.com/content/onu-david-la...

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