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PHOOLAN DEVI

Elle est née en Inde centrale, dans un village Mallahs, des bateliers de la caste des intouchables. Cependant, raconte-t-elle, "j'ai eu une enfance heureuse; j'étais déjà un leader: nous volions des mangues dans les champs voisins, puis nous allions nous baigner dans la mare du village". La saga de Phoolan Devi, affirme la légende, démarre lorsqu'elle a 11 ans et que son père la vend pour une bicyclette à Puttilal, un homme trois fois plus vieux qu'elle, qui s'empresse de la violer à tour de bras. Phoolan cependant diffère: "Tout le drame de mon histoire, c'est que j'avais un cousin appelé Mayaddin, qui s'était approprié un bout de terrain appartenant à mon père. Comme j'étais la seule dans ma famille à m'élever contre cette injustice, Mayaddin, qui avait quelque influence, car il siégeait au Panchayat, (l'assemblée du village), finit par convaincre mon père de me marier, prétendant que j'étais devenue incontrôlable". Elle se gausse également de la fable du vélo: "mon père ne m'a jamais vendue; bien au contraire, il a dépensé près de 10.000 roupies pour me marier". Son mari l'a-t-elle violée, ou était-elle consentante ? Phoolan préfère passer sous silence cet aspect de sa vie conjugale et se rappelle seulement "avoir été terrorisée et brimée par la deuxième femme de Puttilal".

Phoolan s'enfuit donc et retourne chez elle, au grand dam de son cousin Mayaddin, qui la faire arrêter par la police sous un faux prétexte. On raconte que là encore, elle fut violée - par plusieurs policiers à la fois. Interrogée, Phoolan se contente de dire, comme beaucoup de femmes en Inde, car ici le viol est symbole de honte: "they had fun with me - ils ont joué avec moi". Comme Phoolan continue à demander la restitution de son terrain, Mayaddin décide de la faire enlever par un gang de "dacoïts", ces brigands des grands chemins qui depuis des siècles sévissent dans les profonds ravins de l'Inde du Nord. Une fois n'est pas coutume : elle est violée par le leader du gang, Babu Gujral. Mais Phoolan se lie d'amitié avec le lieutenant de Gujral, Vikram Mallah, dont elle dit aujourd'hui "c'est le seul homme que j'ai aimé dans ma vie". Vikram tue Gujral et elle devient sa maîtresse et sa complice. Il lui donne un uniforme kaki et lui apprend à se servir d'un fusil. L'heure de la revanche a sonné:le premier à payer, c'est Pittilal son ex-mari, à qui elle brise les bras et les jambes à coups de crosse de fusil.

Malheureusement, Vikram est tué par une bande rivale et Phoolan est emmenée à Behmai, un village peuplé de Thakurs (caste de propriétaires terriens). Là elle est violée non seulement par les membres du gang, mais aussi par les villageois. Cette fois, Phoolan reconnaît modestement: "on a atteint à ma dignité, on a abusé de moi sexuellement". Elle finit par s'échapper, réussit à reformer un gang et un beau jour, elle retourne à Behmai avec ses hommes. La police l'accuse d'avoir réuni tous les Thakurs sur la place du village et de les avoir massacrés, tuant 22 d'entre eux. Mais Phoolan, qui ne nie pas avoir organisé sa vengeance, soutient "avoir été de l'autre côté de la rivière qui jouxte le village lors de la tuerie". Ce massacre horrifie l'Inde et Phoolan devint le criminel le plus recherché du pays: sa tête est mise à prix et on envoie à ses trousses toutes les polices du pays. En vain, car Phoolan reste insaisissable. Mais en 1983, lasse de courir, elle négocie sa reddition ainsi que celle de ses hommes. Elle passera 11 années en prison. A sa libération en 1994, elle s'empresse de monnayer sa célébrité, en vendant les droits de ses mémoires, qui sortirent peu après chez Laffont-Fixot.

Phoolan est-elle une criminelle, ou bien le Robin des Bois de l'Inde moderne ? "Je n'ai fait que rétorquer à ce que l'on m'a fait. Si on m'a giflé, j'ai giflé en retour; quand on m'a braqué un fusil sur la tempe, j'ai répondu de même. Je ne suis pas Mahatma Gandhi, j'ai fait ce que mon honneur exigeait".

François Gautier


Phoolan Devi, la Reine indienne des bandits a été tuée mercredi 25 juillet 2001 de six balles de revolver à la porte de sa résidence officielle, dans un quartier de haute sécurité de New Delhi. Cet assassinat, perpétré par deux hommes masqués qui ont pu s'enfuir, résume en quelque sorte la vie de cette femme, commencée dans la violence et poursuivie dans la respectabilité d'un mandat de député. C'est en effet en revenant déjeuner chez elle à l'issue de la session parlementaire que Phoolan Devi a été tuée.