Critiques

RECENSION DES ETUDES LITTERAIRES AFRICAINES, juin 2009

DE CHAZAL (MALCOM), AUTOBIOGRAPHIE SPIRITUELLE. COORDINATION ET NOTICE BIOGRAPHIQUE PAR ROBERT FURLONG. NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE PAR CHRISTOPHE CASSIAU-HAURIE. PARIS: L'HARMATTAN, COLL. L'AFRIQUE AU CŒUR DES LETTRES, 2008, 106 P. - ISBN 978-2-296-05470-7.

DE CHAZAL (MALCOM), MOÏSE. THEATRE. OUVRAGE COORDONNE PAR CHRISTOPHE CASSIAU-HAURIE. PRESENTATION DE ROBERT FURLONG. PARIS : L'HARMATTAN, COLL. L'AFRIQUE AU CŒUR DES LETTRES, 2008, 94 P. - ISBN 978-2-296-05469-1.

La publication de ces deux volumes poursuit le travail commencé en 2003 lors de la création de la Fondation Malcom de Chazal (Malcom de Chazal Trust Fund) à l'Île Maurice et destiné à favoriser la préservation, la promotion et la compréhension de l'œuvre de ce grand écrivain mauricien, au niveau national et international.
Le premier volume contient le texte in extenso de l'Autobiographie spirituelle de Chazal. De la page 16 à la page 71, le lecteur aura le plaisir de découvrir, en face de sa transcription, le fac-similé, feuillet par feuillet, du manuscrit original. Afin d'éviter toute interprétation, la transcription suit le plus fidèlement possible l'original : l'éditeur a seulement effectué des corrections de coquilles, de fautes orthographiques et grammaticales, ainsi qu'une harmonisation et une actualisation de l'usage des traits d'union, toutes les autres interventions ayant été placées entre crochets. Précédée d'une "Lettre à Malcom" de Jeanne Gerval Arouff, suivie de "Ecrire et peindre au-delà de soi-même : la vie et l'œuvre de Malcom de Chazal" de Robert Furlong et de "Malcom de Chazal en librairie : l'écho posthume du poète" de Christophe Cassiau-Haurie, l'Autobiographie spirituelle montre à quel point Chazal était poète dans l'âme. Né en 1902, le jeune écrivain s'est d'abord consacré, à partir de 1935, à des articles de presse dans lesquels il voulait faire connaître publiquement ses points de vue critiques et ses propositions concernant l'économie et les industries locales : ingénieur agronome en technologie sucrière, Chazal a en effet travaillé dans l'industrie sucrière et l'industrie du textile avant de devenir fonctionnaire. Mais ce sont surtout ses aphorismes (environ 7000 entre 1940 et 1948) qui ont attiré l'attention des surréalistes français tels qu'André Breton, qui le considèrent dès lors comme un "écrivain de génie" (p. 82). Traduits en danois, en anglais et en allemand, ces aphorismes vont par "pénétrations successives" (p. 82) à la découverte de l'homme et de son environnement, de Dieu et du divin. En 1951, Chazal publie un roman, Petrusmok, et durant la première moitié des années cinquante, il se tourne vers le théâtre. De 1948 à 1978 (trois ans avant sa mort), il publie 980 chroniques portant sur divers sujets, tels que des écrivains mauriciens, français et autres, des thèmes philosophiques, des sujets de société, la religion, la poésie, l'immortalité, lui-même et ses rapports avec la société mauricienne, la peinture, y compris la sienne, puisqu'à partir de 1958 Chazal devient également peintre : "il peint", dit R. Furlong, "comme il a toujours écrit : de façon fébrile, constante" (p. 89). R. Furlong termine son analyse en soulignant que l'auteur était peut-être tout ce qu'on disait de lui : fou, génie, phénomène, individu bizarre ou dérangeant, "prophète doté d'une parole sacrée", "théologien soucieux d'élaborer et de communiquer au fur et à mesure les clauses d'une nouvelle'Charte du Sacré' devant redonner du Mythique au Mystique et régir des rapports humanisés ave un divin épuré d'artifices" (p. 93-94).
Dans le deuxième volume, R. Furlong présente de manière générale l'œuvre théâtrale de Chazal (p.11-31). La seconde partie de l'ouvrage contient l'édition intégrale de Moïse, pièce allégorique en cinq actes : "L'Annonciation", "Le Banquet", "Trente ans après", "La Transfiguration" et "La Résurrection". L'éditeur C. Cassiau-Haurie précise que le texte de cette édition correspond intégralement au texte tapuscrit reçu par Vinod Appadou des mains de Chazal lui-même en 1970. La pièce, datée de la fin 1950 ou du début 1951, suit l'évolution de Jésus-Christ et souligne les fondamentaux de la foi chrétienne. Dieu étant le seul mythe valable pour Chazal, d'autres pièces telles que Iésou, Judas, Les Désamorantes et Le Concile des poètes s'inscrivent dans la même veine de théâtre prophétique et poétique dont le lecteur doit chercher les clés d'interprétation.
Les pièces de théâtre de l'auteur, "toujours aussi méconnues, sinon inconnues, [puisque] aucun des quelques ouvrages parus sur Malcom de Chazal n'évoque ni ne décrit son théâtre" (p.12), méritent d'être (ré)éditées. Moïse est un bon exemple d'un théâtre à l'ancienne, qui opère "comme un rite permettant à la fois défoulement et régénération" (p.15), à l'image des pièces de Sophocle, Eschyle ou Euripide. L'édition de l'Autobiographie spirituelle est aussi la bienvenue. Elle souligne le fait que "la conservation de ce formidable patrimoine est un véritable casse-tête" (p.97) et nous apprend que l'intérêt pour l'œuvre de Chazal s'est développé à partir du centenaire de sa naissance en 2002, mais qu'il reste encore beaucoup d'aphorismes, de chroniques, de pensées, de dialogues de théâtre et de textes inédits à découvrir dans un ensemble littéraire dispersé à travers le monde.

Karen FERREIRA-MEYERS

ETUDES LITTÉRAIRES AFRICAINES, N°27, PP.123-1124, juin 2009

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