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Interview de Pascale Lora Schyns - Une femme extraordinaire !

De février en octobre, les passionnés de cyclisme que vous êtes ont eu, peut-être, la chance d'apercevoir en salle de presse, sur la ligne d'arrivée ou au pied des bus des équipes, une fine silhouette blonde d'une jeune femme patientant en attendant l'arrivée des coureurs.
Pascale Lora Schyns occupe les fonctions d'attachée de presse, notamment d'Alejandro Valverde, d'Ivan Gutiérrez et de Luis Léon Sanchez (Caisse d'Epargne). Mais comme le travail ne lui fait pas peur, elle cumule également les fonctions de traductrice pour A.S.O en parlant six langues (espagnol, allemand, italien, anglais, français et néerlandais).
De nationalité belge, Pascale baigne dans le milieu du cyclisme dès son plus jeune âge. D'abord en suivant son père puis en courant elle-même avant que le cyclisme féminin ne se développe sous l'ère de Longo … et du Tour de France Féminin.
Mais Pascale a aussi d'autres passions. A commencer par l'écriture. Elle vient de publier, aux éditions L'Harmattan, son 1er roman "les Survivants de Sallimoc" qui devrait être suivi de bien d'autres. En le lisant, une plongée dans le monde de l'imaginaire et du fantastique vous attend. Elle écrit également des scénarii de pièces de théâtre depuis qu'elle a suivi des études théâtrales aux U.S.A et en Amérique Latine. Elle publie régulièrement des recueils de poésies. Un autre projet de "sculpture monumentale" occupe désormais son temps et son esprit.
Ah, j'oubliais ! Pascale est commissaire U.C.I. et arpente donc les routes pour surveiller le bon déroulement de courses auxquelles ne participent pas les coureurs dont elle est en charge de communication. Elle s'occupe aussi de la formation des nouveaux commissaires.
Eclectique, passionnée, surprenante pourraient être les adjectifs s'il fallait définir Pascale. Moi, je choisis, sans hésitation, celui qui m'est venu à l'esprit lors de l'interview qu'elle m'accorda lors du dernier Tour de France, au départ de l'étape Bagnères de Luchon - Pau : "Bluffante" !
Cela rythme d'ailleurs avec "Charmante".
Vélo Club.Net: Quelles sont vos fonctions sur le Tour de France 2010 ?
Pascale Lora Schyns : Je suis traductrice pour A.S.O lors des demandes éventuelles d'interviews au village-départ le matin et surtout en zone arrivée lors notamment de la conférence de presse avec le vainqueur de l'étape et le porteur du maillot jaune. C'est une de mes fonctions.
VCN : Pourquoi, il y en a d'autres ?
P.LS : Bien sur ! Je suis attachée de presse pour deux coureurs qui sont présents sur le Tour. A savoir Luis Léon Sanchez et Ivan Gutiérrez.
VCN : Arrivez-vous à cumuler facilement ces deux fonctions sur le Tour ?
P LS : Oui, j'arrive à le faire même s'il y a beaucoup de stress après l'arrivée. Il faut tout faire en même temps. Je dois recueillir les déclarations des coureurs et puis apporter les traductions pour A.S.O. Mais, j'ai l'habitude de travailler comme cela. Les coureurs le savent également. Si je n'ai pas le temps d'aller les voir sur la ligne, Ivan ou Luis Léon m'appellent au téléphone un peu plus tard.
VCN : Pour être traductrice, combien de langues parlez-vous ?
P.LS : Six ! français donc (rires), espagnol, anglais, italien, allemand et néerlandais. Toutes les langues qui sont dans le vélo (rires).
VCN : Depuis combien de temps êtes-vous dans le milieu du cyclisme ?
P.LS : J'y travaille depuis 1989. Mais avant, je faisais de la compétition. C'était à partir de 1979. Nous étions à l'époque des semi-professionnelles. Il n'y avait pas beaucoup d'épreuves. Je courrais surtout des kermesses flamandes ou aux Pays-Bas..
VCN : Mais à quel âge avez-vous aimé le vélo ?
P.LS : C'est venu avec Eddy Merckx. J'avais 5-6 ans. Mon père m'amenait voir l'arrivée du Tour de France à Bruxelles. C'était en 1970 ! Je m'en souviens très bien encore. J'étais toute petite et je regardais à travers les jambes des spectateurs.
VCN : Vous êtes donc de nationalité belge, alors ?
P.LS : Oui mais je vis actuellement en Espagne, à Santander, et mes parents sont hollandais.
Les discours officiels présentant les personnalités du jour commencent et Pascale s'en va rejoindre les responsables A.S.O sous le kiosque à musique du Parc de Bagnères de Luchon. Elle revient ensuite, son travail matinal de traductrice terminé.
VCN : Votre carrière sportive terminée, qu'avez-vous fait ensuite ?
P.LS : J'étais étudiante et il était difficile de mener à fond sports et études. En plus, pour une fille, à l'époque, la question ne se posait pas vraiment. J'ai donc mené mes études à … fond. J'ai continué le vélo mais j'ai arrêté la compétition.
VCN : Quelles ont été vos études ?
P.LS : J'ai étudié la philologie germanique puis j'ai suivi des cours de théâtre et de mises en scène.
VCN : Rien ne vous prédestinait donc à votre métier d'attachée de presse, non ?
P.LS : (rires) Non rien du tout ! Mais, en fait, j'avais toujours eu envie d'être journaliste. C'est une longue histoire si je vous la raconte (rires).
VCN : Allez-y !
P.LS : Quand j'ai fait de la mise en scène, je travaillais au Mexique à l'époque. Un soir, je mangeais dans un restaurant et derrière moi, j'entends des gens qui parlent de vélo. J'avais toujours la passion de ce sport et je commence à discuter avec eux. Ce sont les organisateurs du Tour du Mexique. C'est la 1ère fois que ce tour est organisé. Dans nos échanges, les organisateurs me demandent si je suis intéressée pour faire Radio-Tour puisque je parle plusieurs langues et que je connais le cyclisme. J'étais justement en vacances et j'ai dit oui. Je suis partie le lendemain en disant que je pourrais ainsi visiter le pays. Le tour durait 15 jours.
VCN : C'était une chance formidable !
P.LS : Oui, il y avait des gens de l'U.C.I. et d'autres organisateurs de courses internationales. Ils m'ont demandé de les contacter lorsque je reviendrais en Europe et cela a commencé ainsi. Au début, je m'occupais d'abord de Radio Tour puis j'ai réalisé des traductions. J'ai mené, en parallèle, ma carrière de commissaire mais comme je suis attachée de presse d'une équipe professionnelle, j'ai demandé à ne pas être désignée sur les courses où participe mon équipe. Pour ne pas créer de conflit d'intérêts ! Je suis donc sur des courses de juniors, de dames. Souvent sur d'autres continents !
VCN : Je crois que vous vous occupez également de la formation des commissaires, non ?
P.LS : Nous ne sommes que 5 à le faire et nous le faisons à la demande des fédérations. C'est l'U.C.I qui nous désigne alors et nous envoie dans les pays demandeurs.
VCN : Le milieu du cyclisme professionnel est-il misogyne ?
P.LS : C'est une question que l'on me pose depuis 20 ans (rires) ! Quand j'ai commencé, il n'y avait vraiment aucune fille. Maintenant, ce n'est plus le cas mais je n'ai jamais trouvé que le milieu était misogyne. Dans mon club de vélo, il n'y avait aucune autre fille et depuis mes 15 ans, j'ai toujours vécu ainsi. J'ai même trouvé bizarre ensuite que des filles entrent dans le milieu du vélo.
VCN : Quel regard portez-vous sur le cyclisme actuel ?
P.LS : Le cyclisme a pas mal évolué mais le sport, c'est toujours le même. Quand on a la passion du vélo comme je l'ai, c'est toujours aussi beau. Même s'il m'arrive quelquefois d'être un peu dégoûtée par tout ce qui se passe autour.
VCN : Le dopage, l'argent..?
P.LS : Un peu tout mais pour certains, le coureur n'a plus d'importance. Tout ce qui compte c'est l'argent que l'on peut se faire sur le dos des coureurs mais ce sport en lui-même est pour moi toujours aussi beau !
VCN : Et le cyclisme féminin ?
P.LS : Je suis déçu de l'évolution de ce cyclisme. Certes, il s'est professionnalisé mais il n'a pas évolué. Pourra-t-il le faire dans l'avenir ? Il faut pour cela que les médias s'y intéressent. S'il n'y pas de médias, il n'y a pas d'argent. Quand je vois les prix que les filles gagnent pour autant de souffrances ! Au tennis, les filles gagnent pourtant comme les hommes mais ce sport est plus médiatisé.
VCN : Après plus de 20 ans passés dans le monde du cyclisme, en êtes-vous blasée ?
P.LS : Il m'arrive parfois d'être fatiguée en étant en course 200 jours par an. Il m'arrive donc de connaître quelques petits moments de découragement. J'en ai marre, je veux faire autre chose. Mais, il me suffit de voir une course même à la télévision, que ce soit une course de débutants ou de juniors, et ma passion reprend le dessus.
VCN : Après la fin du Tour, je suppose que vous allez rentrer chez vous prendre des vacances bien méritées ?
P.LS : Oui, bien sur que je vais rentrer chez moi. Une matinée ! Cinq heures exactement puisque je repars aussitôt dans les Caraïbes, à Trinidad et Tobago, pour animer une formation de commissaires nationaux. Ce ne seront pas des vacances même si elles seraient les bienvenues (rires). Ce sont des cours, route et piste, à donner en une semaine et les horaires sont 08 heures - 20 heures.
VCN : Alors ce sera pour quand les vacances ?
P.LS : Je ne sais pas. Peut-être à Noël ?
VCN : Avez-vous d'autres projets d'ici là ?
P.LS : De réaliser la suite de mon 1er roman "les Survivants de Sallimoc" si celui-ci a du succès puis j'écris en ce moment une pièce de théâtre dont le scénario est bien avancé. J'ai besoin de faire autre chose. J'ai aussi un autre projet, celui de me lancer dans la "sculpture monumentale". Ce projet est d'ailleurs lancé. Les œuvres réalisées par un artiste numérique, Jean-Jacques Oppringils, seront à chaque fois illustrées par un texte puis seront exposées un peu partout en Europe. Le thème : raconter l'histoire de l'univers. Mais à ma façon, c'est à dire par le prisme du monde du fantastique, de la science-fiction.
VCN : Mais où trouvez-vous le temps de faire tant de choses ?
P.LS : Je ne dors que 3 à 4 heures par nuit. Cela me suffit et si j'avais un rêve, ce serait celui de ne pas dormir du tout (rires).

Propos recueillis par Frantz Delagrange

VELO-CLUB, POSTÉ LE JEUDI 12 AOÛT 2010 @ 18:49:31

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