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Musiques traditionnelles

Le sous-titre du livre que Bruno Deschênes dédie à la flûte de bambou shakuhachi, "une tradition réinventée", indique bien à quel point l'occidentalisation forcée, dès la fin du shogunat, a profondément modifié l'usage de cet instrument, longtemps lié à une corporation de moines, permettant ainsi une diffusion plus large et le rendant populaire jusqu'en Europe et en Amérique du Nord. En échange, la musique occidentale influence depuis quelques décennies les modes de jeux, l'accordage, l'intonation et même les mélodies. Outre son histoire, ses techniques de jeu, ses notations, l'auteur aborde également l'évolution de sa facture et ses différents modèles (à côté de la longueur standard qui a donné son nom à l'instrument, on trouve des shakuhachi plus petits ou plus longs, jusqu'au double). Il analyse aussi la structure mélodique, ou plutôt l'agencement des motifs représentant, par métaphore, des états d'âme. Par la pratique et la discipline de soi dans l'apprentissage artistique, ou plus précisément dans la voie de l'art (geidō), c'est une maturation de la personnalité et une transformation de soi qui sont visées, plus qu'une simple habileté technique. Cet ouvrage constitue par ailleurs une introduction à la pensée traditionnelle du Japon, qui se base sur l'expérience et le ressenti, et dans laquelle l'esthétique est prééminente, sous-tendant chaque activité, chaque geste même. Sont également évoqués le "ma", concept polysémantique englobant l'espace-temps, ou encore l'importance de la forme correcte des actes et des rituels, en tant qu'éléments relationnels, mais aussi comme structuration de la société autant que de l'œuvre d'art. Le dernier chapitre, le plus développé, traite de l'esthétique musicale japonaise, approfondissant certaines notions déjà rencontrées (métaphores, intersubjectivité, rôle de la transmission de maître à disciple).

Laurent Mettraux

MUSIKZEITUNG, février 2018

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