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Le journal de mission humanitaire en Guinée de Béatrice Sagot

Médecin généraliste exerçant aujourd'hui en Creuse, Béatrice Sagot a mis dix ans pour publier le témoignage de sa mission humanitaire en Guinée. Une cicatrice douloureuse.

"Humanitaire, vertige et poussières" le sous-titre de "Mission en Guinée", livre-témoignage de Béatrice Sagot publié chez l'Harmattan dit déjà beaucoup de cette expérience douloureuse. Malgré le recul d'une dizaine d'année - Béatrice Sagot a accompli cette mission humaine entre 1993 et 1994, malgré l'écriture nécessaire au jour le jour de ce qu'elle a vécu à Mandiana, village du Nord de la Guinée, dans une zone désertique limitrophe du Mali, malgré ensuite deux ans de perfectionnement au Canada, malgré une mission en Tchétchénie et en Ossétie du Nord... malgré sans doute aussi un caractère bien trempé, "rationnel" Béatrice Sagot n'échappe pas à ses souvenirs de Guinée.
L'humanitaire était un but depuis toute petite. Après sa formation de huit ans et trois ans de pratique libérale, elle propose ses 29 ans et ses diplômes à Médecins Sans Frontières. "J'ai pris ce qu'on me proposait", une mission de développement d'un an en Guinée dont l'objectif était d'asseoir le fonctionnement de l'hôpital et des dispensaires alentour. Une mission aux antipodes de l'urgence a priori... mais vraisemblablement une mission plus difficile encore: "une mission difficile à vivre pour une femme et pour une soignante" tant le "choc culturel" s'est fait ressentir dans ce pays très pauvre, sous le joug d'une dictature, et où la vie d'une femme ou d'un enfant - surtout si c'est une fillette, ne vaut rien... ni les soins qu'on pourrait lui prodiguer, ni parfois le repas qu'on pourrait lui laisser.

Béatrice Sagot a donc décidé de témoigner pour les voix qui se sont tues, épuisées. Presqu'une fatalité malgré les efforts de la jeune femme, dont l'espoir n'a subsisté, ironie du sort, que grâce aux épidémies de méningite, rougeole, hépatite, polio, malnutrition: "On a sauvé des enfants". Si elle a accepté de publier "Mission en Guinée", c'est aussi pour avertir les jeunes gens tentés par l'humanitaire: "Il faut être préparé, et on ne l'est pas assez". Et puis, il y a une troisième raison: "Je voulais faire ce premier bouquin pour m'aider pour le deuxième". Celui sur sa mission en Tchétchénie: " C'est encore pire: on n'a pas la liberté de parler. Et au retour, on n'a plus envie de parler". Plus tard, semble dire son regard, dirigé vers sa soeur Isabelle, notre consoeur de Chérie FM à qui est dédié l'ouvrage.
Un regard qui retrouve son assurance: "Je n'ai pas renoncé à l'humanitaire, j'ai du m'arrêter, après la Tchétchénie... Je n'ai pu encaisser. Je veux repartir en pleine forme: pas question de partir pour fuir".

C. L.

L'ECHO, mars 2005

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