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Commentaires d'une lectrice

CLAIRE OBSCURE, de Marie-Line Schrotzenberger

J'ai lu avec un grand intérêt cette centaine de pages qui contiennent beaucoup plus que l'histoire de l'infanticide de Claire Obscure.

Je suis fortement impressionnée par le texte, cette écriture scalpel qui, avec un minimum de mots, s'enfonce au plus profond de nos tripes, une écriture mordante, incisive, à la fois terriblement tendre et poétique, en dépit de la gravité du sujet traité. L'infanticide fait surgir en nous des images d'horreur et soulève des questions découlant d'une incompréhension totale. On cherche alors à expliquer l'inexplicable.

L'auteure a plutôt opté pour une approche tout à fait différente, avec les témoignages de celles et ceux qui ont connu Claire, depuis l'enfance jusqu'après le drame. Tout un chacun, de la famille aux amis, à l'entourage, aux professionnels (enquêteur, avocats, psychiatres), y compris une mouette, un arbre, un baladeur, une médaille, un ordinateur, un miroir et un carnet de notes, ont livré leurs perceptions de Claire et de la situation.

J'ai pour ma part lu une pièce digne des tragédies de la Grèce antique et, paradoxalement, d'un théâtre hautement avant-gardiste de par sa structure, tout à fait hors normes, inventive et puissante.

À mon avis, c'est un tour de force incroyable que d'avoir ajouté à la densité du propos d'autres thèmes éminemment d'actualité : on aborde ici le racisme (Madame Delay), le sexisme, la misogynie, les croyances religieuses ou autres, les diktats de la médecine et de la loi, de quoi poursuivre notre réflexion bien au-delà de l'infanticide.

J'ai été séduite par les références culturelles, entre autres dans la liste des auteurs préférés de Claire, de même que par les aphorismes de cette dernière dans son carnet rose à pois dorés. J'ai également été charmée par l'utilisation de la langue créole qui nous permet de déceler plusieurs liens de parenté avec le français.

En conclusion, je ne suis ni psychiatre ni spécialiste en quoi que ce soit. Je suis une femme, je suis une mère, je suis touchée par le drame de cette autre femme qui ne pouvait plus continuer à vivre avec ce secret de la petite Léo qui risquait de se retrouver tout comme elle rejetée, ses "cheveux emmêlés" trahissant ses origines.

Ils sont aveugles les gens
Frappés de cécité
Vous eux lui
Il n'a rien vu
...
Je ne veux pas nommer mon enfant

- Marie-Line Schrotzenberger

Dorothy Leigh

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