Critiques

Critique parue dans la Revue d'Histoire de XIXe siècle

Avec tout le respect à la fonction d`orientation du public de la Revue d`Histoire du XIX siècle, permettez-moi d`exprimer mes remerciements a Madame Sophie-Anne Leterrier de l`attention avec laquelle elle a lu mon livre Chants de Liberté en 1848 (Revue d`Histoire du XIX siècle, no 26-27, pp.380-382) relevant les insuffisances et les maladresses et de l`honneur qu`elle m`a fait de le proposer aux lecteurs. Permetez- moi aussi de vous adresser une réponse sur des remarques particulières de Madame Leterrier à propos de cet ouvrage :

Ce qui constitue la nature de ce travail, l' étude de l expression en vers des chansonniers de la période de 1848, signalant une grande et belle tradition francaise, selon d ailleurs ma compétence scientifique de professeur de littérature francaise, est présentée comme défaut selon le texte critique de l'auteure qui conclut en oxymore que ce livre est "utile comme matériau que comme étude".
-Le cadre historique de la révolution 1848 ou s`insère le plan historique des chansons est déjà exploité par la bibliographie ancienne ou récente. Si la documentation bibliographique de mon livre sur l`histoire de 1848 est considérée comme ancienne et générale dans cette critique, néanmoins celle sur les chansons qui constitue le domaine pertinent de mon étude ne présente pas d'ellipses. D' ailleurs les textes des chansons constituent la principale source de ma documentation ; le développement des thématiques sur les faits historiques, les institutions, les aspects sociaux ou antropologiques, les idées philosophiques et religieuses etc., est à l appui de ces documents authentiques, produit de cette periode, et le choix "anthologique" des citations, de ce matériau, ne sert que le but posé par l'étude.
S`il y a des creux à compléter dans l`analyse ou des sujets particuliers intéressants à développer, des spécialistes en histoire, en sociologie, en etnologie ou en musique ((pour les airs des chansons) peuvent s`assumer la tache de continuer une investigation plus précise et exploiter le matériau de ces chansons selon leurs qualifications et aptitudes scientifiques.
- Dans les critères d évaluation de ce texte critique il paraît aussi que l`étude qui met en valeur l`originalité du discours en vers de cette voix collective, les symboles particuliers, les allégories, les métaphores, les figures de rhétorique, l`énonciation, les choix de style etc., n`est pas si appréciée comme utile. Pourtant cette étude révèle les moyens uniques traduisant avec la façon la plus évocatrice la sensibilité du peuple face à la conjecture sociale et politique de son temps et aux valeurs humanitaires. La forme choisie de la chanson, l`expression adéquate au contenu des vers des chansonniers du peuple, les procédés de renforcer leurs idées, leurs prises de position, leurs messages spontanés et de les communiquer clairement en vers constituent aussi un legs culturel important de la civilisation française.
-Dans son texte votre collaboratrice emploie le pluriel : "Parfois, écrit-elle, les interprétations de l`auteure sont discutables" et cite un seul exemple ou elle interprète, de façon erronée ma phrase "intertexte mythologique éloquent de la pomme de discorde". Il s'agit d une illustration qui pare le texte de la chanson A Louis Napoleon la pomme, présentant une femme, figure allégorique de la France devant trois candidats (pp.188-189) Selon mon interprétation cette illustration renvoie au mythe grec de la pomme de discorde, de la pomme d`or lancée par la divinité Discorde, destinée "à la plus belle" des déesses ; cette pomme provoque la discorde entre les trois déesses Aphrodite, Athéna et Héra. Selon l'ordre de Zeus elles seront jugées par Alexandre, celui qui plus tard sera connu sous le nom de Pâris.
-Des chansons ou des extraits des chansons sont étudiés dans différents chapitres, Concernant la remarque qu`à la page 78 manque "l'approche du legs et de la référence que représente la première République en 1848", je renvoie au dernier chapitre de la Temporalité des chansons, à l étude du Passé et du passé révolutionnaire plus précisément où l`on étudie aussi les nouvelles versions de la Marseillaise ou d`autres chants républicains qui s`en inspirent ou d`autres chantés sur l`air de la Marseillaise (pp. 254-260).
-Il y a la suggestion que certaines chansons "mériteraient une analyse plus approfondie… C`est aussi le cas des chansons destinées à des personnages spécifiques dont Michelet et les Etudiants de Paris" (p. 133). Justement l`analyse d`une grande partie de cette chanson Hommage à M. Michelet et aux Etudiants de Paris ou l`Eteignoir ministériel est faite à la page 48 dans le chapitre La foi dans le progrès, selon l'intérêt que présentait le contenu de la chanson.
-Les chants pour la Grèce considérés hors sujet, sont bien sûr antérieurs à 1848 mais, comme il est noté, (p. 199) un élargissement limité du sujet est jugé utile pour établir d`une part la continuité du sentiment de solidarité européenne dans l`expression chansonnière et poétique en France, d`autre part d`établir le parallélisme, entre le sort de la Grèce et celui de la Pologne, liaison témoignée d`ailleurs par les chansonniers dans leurs vers (pp. 212-214).

En remerciant Madame Sophie- Anne Leterrier d`avoir donné l'occasion de ce dialogue et ayant conscience des possibilités de rendre ce livre mieux soigné et plus intéressant, veuillez agréer l`expression de ma considération.

Fridériki TABAKI - IONA

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