Compléments d'ouvrage

Le mot du metteur en scène

Le soliloque du Roi Léopold de Mark Twain m’a ouvert les yeux sur toute une partie de notre histoire : On y voit le Roi éplucher et commenter les divers rapports sur les atrocités commises par/sous son administration au Congo.
On y découvre un Roi presque shakespearien, un mythe ambulant, un monstre sacré qui balaye du revers de la main toutes les accusations dont il fait l’objet. Tant la richesse théâtrale du personnage lui-même que le récit des atrocités m’ont bouleversé. Pour ce qui est de Léopold II, ce qui m’intéresse c’est qu’on est clairement dans une pièce de théâtre, il n’est pas ici question de réalisme ou de pièce historique ; le personnage est exagéré, il peut s’avérer tour à tour très drôle, cynique ou brutal. C’est un pamphlet. Comme le fait Michael Moore avec G.W. Bush, Mark Twain tire à boulets rouges sur la figure de Léopold II.
On y voit un homme tout seul, se justifiant lui-même face à lui-même et n’ayant finalement de comptes à rendre à personne d’autre qu’à sa propre conscience. Par Léopold II, nous retrouvons aussi les mentalités de l’époque : le paternalisme (dans le meilleur des cas) vis à vis des Congolais.
En écoutant le récit des exactions commises, j’ai tout de suite pensé aux atrocités commises au Rwanda. Elles sont livrées en style journalistique mais n’en demeurent pas moins (sinon plus) troublantes. Elles renvoient, hélas, à une actualité brûlante.
Que s’est-il passé réellement au Congo, je n’en sais rien, je n’y étais pas ! Par contre ce que je découvre, c’est que l’on nous a caché (volontairement ?) toute une série de faits. Que la vision belge de cette période diffère largement des visions étrangères, en particulier celle des Anglais.
Nous n’avons pas à nous sentir coupables de ce que nos ancêtres ont fait ou n’ont pas fait ! Mais nous avons, il me semble, un travail de mémoire, de questionnement à effectuer.
Notre pays, et par conséquent chacun d’entre nous, à profité largement (et continue aujourd’hui), des ressources du sol congolais et du travail d’une main d’œuvre locale qui n’avait guère d’autre choix.
Il n’y a pas si longtemps, le président J. Kabila, lors d’un passage en Belgique, au Sénat, a tenu à rendre hommage aux premiers colons belges ; de notre côté n’avons nous pas à présenter nos excuses pour toutes les dérives du système colonial et ce que cela a entraîné comme souffrances ?
Le texte de Mark Twain ne présente qu’un seul personnage : Le Roi Léopold II. Outre le fait que théâtralement je ne trouve pas cela particulièrement intéressant, il me semble qu’il est primordial de remettre les choses dans leur contexte. Jean-Pierre Orban, premier traducteur du texte, vous proposera donc une nouvelle adaptation.
Nous allons enrichir ce texte, et donc le débat qui peut s’en suivre, de nos lectures, des films que nous avons visionnés et des témoignages que nous avons reçus. Comment, en effet, faire l’impasse sur le partage du continent africain par les grandes puissances internationales ?
Comment ne pas mettre en scène cette cérémonie du partage de gâteau ?
Comment ne pas parler de ces théories, soit-disant scientifiques, de hiérarchie des races qui prévalaient à cette période ?
Comment ne pas évoquer l’exposition universelle de 1897 à Tervueren (zoo humain serait plus approprié) et le million de visiteurs venus regarder les noirs dans leurs cases (dans leurs cages…) ?
Comment ne pas parler du système économique, basé exclusivement sur la rentabilité au mépris des personnes, mis en place par l’administration léopoldienne pour sauver Léopold II de la ruine ?
Comment ne pas parler de l’énorme campagne de presse, de guerre de presse, pour manipuler l’opinion publique ? Les pro-léopoldiens diront que le tout est monté de toutes pièces par un certain E.D. Morel, soutenu par l’Angleterre qui avait des intérêts dans le même Congo ; les autres y verront un Léopold II habile à museler ses détracteurs. La guerre de la presse, contrairement à ce que l’on pourrait croire, n’es

Jean-Michel d’Hoop
décembre 2004