Critiques

Dan Ferrand-Bechmann, Au bonheur des tours, l'Harmattan, Paris, 2020
Écrit sur un ton de roman qu'on lit d'une traite et qui nous instruit avec légèreté, ce livre se propose d'allier récit populaire et informations chiffrées ainsi absorbées sans effort. Dan Ferrand-Bechmann nous introduit de manière vivante, imagée et sociologique à la fois dans des questions de portée générale : celles que posent en termes sociaux, économiques et urbains le choix architectural des immeubles de grande hauteur et de la densité verticale. Le livre s'adresse au grand public comme aux connaisseurs.
De prime abord, c'est l'histoire d'une tour à Paris, Antoine et Cléopâtre, dans le quartier Italie, dont on rappelle le contexte historique de la construction, après la première tour à Paris construite par Albert en face du Mobilier National de Perret et du square dessiné par Alphand dans le quartier Croulebarbe et au moment de l'interdiction par Valery Giscard d'Estaing, d'immeubles au prospect élevé. Les difficultés réglementaires et administratives y sont évoquées, mais surtout une large part est faite aux interrelations qui
-d'une part se développent au sein de la tour dont les habitants deviennent un "groupe sociologique" y compris dans la succession des générations,
- et d'autre part instaurent avec le quartier, y compris dans ses transformations, des perméabilités qui rythment à la fois la vie des résidents et la mobilité urbaine.
La description des péripéties de tous ordres - animations internes, transformations des appartements par les habitants pour répondre à des modes de vie liés à la composition familiale ou à la mode, mixité sociale ou regroupements affinitaires, départs et retours, transmissions… - nous font pénétrer le quotidien spécifique à la vie dans une tour et on comprend vite que la tour Antoine et Cléopâtre, pour datée et particulière qu'elle soit, renvoie à la question générale de la vie verticalement concentrée par rapport à celle dans la ville étalée. Parlant de ce que serait une spécificité des tours parisiennes, Dan Ferrand-Bechmann pose de facto la question des formes architecturales et urbaines dans leur contexte historique, géographique et sociologique.
On s'aperçoit alors que le livre, qu'on a lu comme un polar dont les formules parlantes, voire poétiques, enrobent de manière digeste des quantités d'informations techniques, juridiques et administratives, renvoie à des interrogations d'actualité dans toutes les villes du monde.
S.C. 2 juin 2020

Sylvie Clavel, membre du conseil de l'Académie d'Architecture
juin 2020


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