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Livie Pierre-Charles a lu Ubuntu

... et voici son commentaire :

Emmanuel de REYNAL nous invite au théâtre pour découvrir sa pièce : "UBUNTU, ce que je suis".

Sur scène évoluent de multiples personnages aux caractères bien affirmés. Ils existent depuis la nuit des temps et se révèlent, à la faveur des actions qu'ils conduisent ou celles qu'ils subissent. Tour à tour, surprenants, étonnants, attachants, ils n'hésitent pas à susciter notre intérêt et notre curiosité pour les ressorts cachés qui les animent.

Cette panoplie va de GRAAK à l'époque des mammouths, en passant par GAËL qui élève des moutons ; puis par POLITE et ALIZE dont l'étreinte amoureuse est brutalement interrompue lors d'une tempête au bord de la rivière ; à l'esclave RONIX à qui aucun châtiment n'est épargné ; à LUC, malchanceux en amour face à une femme souvent "pompette". Quant à KUNTÉ, il aime "pister, traquer, surprendre, attaquer, tuer parfois, hurler, terrifier ses proies … cela lui procure un sentiment grisant de puissance". Ruses et espiègleries sont incarnées par RENAUD. D'autres personnages complètent cette galerie de portraits. Il y a en effet JOHANNES, JEAN le marchand ; TIMBA aux prises avec les horreurs subies dans la cale des bateaux négriers, "à croupir dans les excréments" ; JEANNE qui aime bien dépuceler les garçons surtout quand ils sont riches.

Nous atterrissons maintenant au 17ème siècle où LAURENT embrasse une carrière de flibustier.

Au 18ème siècle, se poursuit le métier "d'habitant sucrier" dont la prospérité dépend du travail des esclaves et de celui des animaux (bœufs et vaches).

Et enfin, arrive l'aube du 20ème siècle où les jeunes MARTINIQUAIS - de toutes les couleurs - furent appelés à participer à la grande guerre, celle de 1914. A cette occasion, Emmanuel LAFOSSE-MARIN affirme : "… la vie des tranchées … ce frottement de toutes les conditions sociales ont formé, avec mes camarades un lien fraternel que rien ne peut dissoudre".

Après la guerre, la vie familiale reprend le dessus. Devenu médecin, HIPPOLYTE nous raconte qu'il partage sa vie entre le vrai monde des souffrances humaines, dans le cadre de sa profession, et celui des bonheurs de l'esprit.

Que faut-il retenir de cette multitude de personnages présentés au cours du spectacle ? Il y en a certes, bien d'autres que le lecteur est invité à découvrir.

Au moment des salutations d'usage, avance au-devant de la scène, non pas une ribambelle d'acteurs, mais un seul et unique personnage qui, avec talent sut faire étalage de toutes les facettes du genre humain. "Je suis tous ces gens, car tous ces gens m'ont fait. Je porte en moi une part de chacun d'eux" proclame l'auteur de la pièce.

En d'autres termes, il nous amène à découvrir sa philosophie. Celle-ci repose sur le constat que notre société Martiniquaise est - à l'image de l'Humanité - une longue chaine formée de maillons dissemblables qui en assurent la solidité, à partir de tout un jeu d'interpénétration, d'interconnexions et d'interdépendances.
Il est illusoire, voire dangereux de vouloir briser cette chaine et - par voie de conséquence - détruire notre société à partir de critères simplistes et parfaitement inessentiels, comme la couleur de la peau …

Mais cette philosophie de la synthèse n'existe-t-elle pas déjà dans la poésie de Paul FORT apprise dans notre enfance : "si tous les gars du monde voulaient bien se donner la main …".

Livie Pierre-Charles, inspectrice de l'éducation nationale

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