Compléments d'ouvrage

Présentation du livre : Le néon dans l'art contemporain

Regardons vu du ciel, une ville de nuit. Elle scintille comme le miroir étoilé de la nuit.
La comparaison semble tout simplement poétique. Elle est pourtant correspondance.
En effet la matière gazeuse se transforme en étoile.
Les étoiles bleues émettent des rayons ultraviolets qui se propagent dans un nuage. Cette matière nébulaire absorbe ces rayonnements et les réémet sous forme de lumière rouge par un mécanisme analogue à celui des tubes fluorescents.
Un autre phénomène accompagne ma rêverie, ainsi des bouffées de vent solaire arrivent à pénétrer notre bouclier magnétique. Leurs particules s’accumulent, et débordent occasionnellement. Elles frappent notre haute atmosphère. Sous le bombardement l’air raréfié s’illumine comme dans un tube de néon et élèvent aux pôles, les aurores boréales, astrales.
Apparaissent des traînées de couleur, comme dans un Gréco.
« What color ! », « quelle couleur ! » s’exclame Antonakos, admiratif, sidéré par une enseigne de néon.
L’aventure de la lumière électrique tient de la magie. Elle tire du ciel ses éclats, de ce ciel bleui par l’air, en réalité noir.
A une séance du jury de la Royal academy, ou Constable siégeait, une de ses toiles avait été placée sur le chevalet d’exposition par erreur, l’exclamation de l’un de ses collègues : « débarrassez moi cette horrible chose verte ! » nous amène à considérer le parcours de la lumière et de la couleur accepté en art.
Fi du vernis jaunâtre du XIX ème siècle étendu sur les toiles afin de leur donner « la tonalité d’exposition ».
L’art du XX ème et du XXI ème siècle emprunte aux tubes de néon la couleur telle un pigment gazeux pur et rare et l’incendie en photons en excitant les électrons de ce gaz que parcourent des décharges électriques.
Peut-être comme un pulsar, cadavre stellaire qui tourne sur lui-même en clignotant, la ville de nuit tend sa lumière vers l’infini car elle sait que le poids de l’homme devient de plus en plus léger, selon l’idée aussi cocasse que géniale de Gombrowicz, qui pense que le poids de notre moi, de la vie intérieure d’un moi, dépend de la quantité de population sur la planète. Ainsi Démocrite représenterait un 400 millionième de l’univers, Brahms un milliardième et Gombrowicz lui-même un deux milliardième. D’où « l’insoutenable légèreté de l’être ».
Après avoir fait l’épreuve du doute de l’ego pensant avec Descartes et préféré la raison aux idées reçues, après le constat de Galilée qu’il n’était plus possible de faire confiance à l’œil nu, le caillou d’Aristote jeté en l’air retombait toujours à nos pieds mais la terre n’était plus le centre du monde immuable, les temps modernes s’inventent, et si les tâches du soleil attestent que l’astre n’est ni parfait ni divin, alors l’unique vérité divine se décompose en centaines de vérités relatives que les hommes se partagent et notre seule certitude est la sagesse de l’incertitude.

Anne Blayo
février 2006

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