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La démocratie de façade en 60 caricatures

La publication du dernier livre consacré à Madagascar par la maison d'édition L'Harmattan traite des obstacles à l'établissement d'une véritable démocratie dans ce pays depuis 1960. Le "Dictionnaire de la démocratie de façade" les aborde en soixante dessins du fameux caricaturiste Pov (Express de Madagascar, Express de Maurice), commentées par le chercheur en science politique Andrianirina. Ces caricatures sont organisées de façon thématique et par ordre alphabétique, d'où le concept de dictionnaire : A comme Abstention, C comme Corruption, E comme État de droit, F comme Fanatisme, L comme Liberté de la presse, P comme Partis politique, T comme Treize Mai, X comme Xénophobie…

Les auteurs s'y positionnent en partisans d'une démocratie réelle qui dépasserait la simple façade de l'organisation d'élections, le vote de Constitutions, la ritournelle du Fihavanana ou l'apparente liberté de la presse. Selon le Professeur Raymond Ranjeva, Président de l'Académie malgache, qui signe la préface, ce sera "un ouvrage de référence pour les Malgaches d'abord et pourquoi pas les hommes curieux de la chose démocratique. Il est un instrument de partage, de réflexions et de questions critiques à l'endroit des " maux " ou dérives de la démocratie de façade. Il est un guide pédagogique pour interpeller et soutenir la conscience citoyenne et pour permettre l'avènement d'un monde nouveau".

Toutefois, les partisans ou opposants dans le contexte actuel risquent d'être déçus. Les deux auteurs affirment avoir voulu un livre objectif et non partisan, mais valorisant l'esprit critique. Écrit "pour l'Histoire et non pour l'actualité", ce livre était prévu être publié depuis le 26 juin 2020, mais la publication a été retardée à cause de la crise de la Covid-19.

En outre, la publication de ce livre appelle deux remarques.

Tout d'abord, le contexte de l'édition à Madagascar pousse les auteurs malgaches écrivant à Madagascar à se faire publier à l'extérieur. Or, les coûts d'expédition feront que ce livre qui coûte déjà 20 euros (90 000 ariary) au départ de Paris sera difficilement accessible au grand nombre une fois arrivé à Madagascar. Cela crée donc une discrimination entre la diaspora et les Malgaches vivant à Madagascar, alors que ces derniers sont pourtant ceux qui ont le plus intérêt à lire ce genre de livres.

Deuxièmement, ce ne sont pas les livres publiés au sujet de Madagascar qui manquent, tant ceux produits à l'extérieur ou sur place. La véritable question est la suite donnée à ces publications. A l'étranger, les livres permettent d'entamer un débat d'idées pour essayer de faire avancer les choses. À Madagascar, cela est rarement le cas, dans un contexte où l'esprit critique est de plus en plus annihilé et le fanatisme érigé en état d'esprit. Les autorités, ou même ces institutions à l'utilité questionnable comme le Conseil du fampihavanana malagasy (CFM) ou le Haut conseil pour la Défense de la Démocratie et de l'État de droit (HCDDED) devraient soutenir les auteurs dans la création de dialogues francs dans la sphère publique, au lieu d'attendre les crises cycliques avec fatalité.

Demokraty

MADAGASCAR-TRIBUNE.COM, mars 2021

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