Notes de lecture

Trois livres récents à lire sur la violence

Trois livres ont paru cette année, qui apportent de l'eau au moulin de ceux qui luttent contre la violence et notamment la violence éducative.
Le premier est de Frans de Waal, un des plus grands primatologues actuels. Il s'intitule : Le Singe en nous (Fayard, 2006). Par comparaison avec les autres grands singes, il montre que nous ne sommes nullement voués à la violence par notre nature. Comme les grands singes, nous portons en nous des capacités d'empathie et de réconciliation qui font de nous des êtres éminemment sociaux. Frans de Waal, malheureusement, ne va pas jusqu'à tenir compte de la manière violente dont les petits des hommes ont été éduqués depuis les premières civilisations dotées d'une écriture. Pourtant il est clair qu'une telle éducation ne peut que dénaturer nos capacités sociales innées.
Le second est écrit par un pédiatre, Haïm Cohen. Son titre : Tu ne laisseras point pleurer (Stock, 2006). Il montre, preuves neurologiques à l'appui, qu'en laissant pleurer les bébés, en ne répondant pas à ce qui est un appel désespéré, nous portons atteinte à l'élan qui porte le bébé vers ses semblables et nous lui démontrons qu'il est impuissant et qu'il n'a pas d'importance à nos yeux, ce qui dégrade profondément l'image qu'il a de lui-même. C'est une autre forme de violence que les coups, mais qui a des effets semblables.
Le troisième enfin est de Jean Liedloff et s'intitule Le Concept du continuum. C'est un livre déjà ancien, mais qui vient seulement d'être traduit en français. De l'observation d'une tribu amazonienne, les Yequanas, Jean Liedloff qui a longtemps vécu parmi eux, a tiré la conclusion que l'enfant, pour se développer harmonieusement, doit vivre sa petite enfance dans la continuité de la grossesse, c'est-à-dire en étant, comme les petits singes, le plus souvent possible, jour et nuit, porté peau à peau par sa mère ou par la personne qui le materne. Ce contact et cette participation à la vie de sa mère sont essentiels à la fois pour son équilibre et pour son intégration à la société dans laquelle il vit. Etre privé de cette continuité, c'est aussi une forme de violence qui fait que l'enfant, privé d'un lien essentiel à une époque décisive de sa vie, cherchera perpétuellement à remplir ce vide de toutes sortes de manières sans jamais y réussir.
Trois livres qui montrent qu'en matière d'éducation des enfants nous avons encore beaucoup à apprendre pour retrouver simplement ce que les mères primates savent d'instinct si du moins elles ont été élevées elles-mêmes dans le "continuum".

Olivier Maurel
avril 2006

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