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Entre deux cultures

Dans son livre l'Enfant du secret, Alexandrine Siham, née au Liban, entreprend le récit de sa quête des origines, plus de trente ans après son adoption par une famille française.

Les cauchemars de son adolescence ont finalement pris sens lorsqu'elle a revu, des années plus tard, l'orphelinat où elle avait trouvé refuge après son abandon. Alexandrine, née le 13 décembre 1967 à Beyrouth, au Liban, a été élevée par des religieuses jusqu'à ses quatre ans avant d'être adoptée par une famille française. A l'âge de 32 ans, la jeune femme découvre que ses parents d'origine ne sont pas morts dans un accident de voiture, comme on le lui avait fait croire. Commence alors une longue, douloureuse et inéluctable quête pour retrouver leur trace.

Un tabou en France
De retour au Liban en 2001, Alexandrine mène son enquête, "un vrai boulot de détective : carré, en évitant de se laisser déborder par l'émotion", raconte-t-elle. Ce livre, explique son auteur, parle "du fardeau que porte l'enfant adopté, quel que soit l'amour qui le lie à ses parents adoptifs". Ces derniers doivent accuser le coup, quand le besoin de retrouver ses vrais parents se fait trop violent. Ceux d'Alexandrine ont dû "apprendre à vivre avec cette autre partie de (sa) vie, la petite fille libanaise, et non plus faire comme si (elle était) née à quatre ans". Mais ce récit autobiographique aborde aussi les problèmes de la dette d'honneur qui vise les femmes libanaises adultères et du tabou qui entoure l'adoption en France. "20% des couples français ne peuvent pas avoir d'enfant et 80% des adoptions s'effectuent à l'international, la France étant, après les Etats-Unis, le pays ayant le plus recours à l'adoption", affirme Alexandrine Siham. La question de l'accouchement sous X et de l'adoption d'enfants étrangers est de fait posée par l'ouvrage.
Accumulant les indices sans aboutir à une solution, cette "enfant du secret" se résout, "pétée de trouille", à passer par la médiatisation de ses recherches. Après son appel à témoins de dix minutes le soir de Noël 200l sur TV Future, diffusé dans tout le Proche-Orient, Alexandrine Siham se retrouve du jour au lendemain avec une kyrielle de parents potentiels. Confrontée à tous ces hommes et ces femmes aux histoires parfois dramatiques, la jeune femme en arrive à vouloir "qu'on en finisse". Un beau jour se présente un "baba" (papa) au récit et aux photos troublants de ressemblance.

Claire Cousin, mardi 15 février 2005

MONDE METRO, février 2005

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