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Schubert ou le mystère du Quintette en ut

C’est un voyage fabuleux que nous propose Jean-Marc Geidel, un voyage inachevé mais cependant éternel, un voyage hallucinatoire dans les limbes de la conscience, fruit de l’imaginaire, du rêve et de la sensation, de l’émotion modulatoire que nous procure la musique de Schubert. Par l’image, la métaphore littéraire, le pouvoir créateur de l’imagination fabulatrice, l’auteur se laisse accompagner par son hôte dans le tunnel sonore où il foule la singulière beauté des différents paysages musicaux qui s’offrent à sa perception, d’où naissent tout un cortège de sensations et de représentations fantomatiques et imaginaires, un jeu d’ombres et de lumières, un camaïeu de couleurs et de motifs des plus variés. L’aventure contemplative n’est cependant pas sans soulever certaines interrogations : quel est le sens de ce voyage errant ? Dans quelle direction partir ? Où trouver la clé de l’énigme que pose la musique de Schubert ? Les réponses passent par une connaissance plus intime de Schubert l’homme, l’artiste, le rêveur, le compositeur. S’instaure entre le narrateur et son acteur principal un dialogue davantage fait de silences que de mots, de sons que de paroles. Ce dont on ne peut parler il faut le taire : là où s’arrêtent les mots, là commence la musique. Le pouvoir émotionnel de la musique n’a pas d’équivalent littéraire, la musique nous parle dans une langue que notre raison et son apanage de concepts ne comprend pas. La musique précède le monde, peut-être nous délivre-t-elle un message ancestral sur son origine ; quoi qu’il en soit, ce qui est sûr c’est qu’elle agit sur nous, en nous, notre âme, nos sens, notre esprit. Dans le cas de Schubert, une identification psychologique de l’auditeur avec la substance sonore qu’il écoute ne fait qu’amplifier davantage son émotion esthétique, et comprendre Schubert, ses célestes pensées, son rapport singulier au monde, au temps, à l’éternité, c’est déjà réduire de moitié l’énigme que pose sa musique ; « c’était son intimité brisée qui miroitait dans l’universalité ». Aussi Schubert ne composait-il que lorsqu’il se sentait emporté par une inspiration créative naturelle et spontanée, « il voulait ne pas vouloir ». Aucune pseudo-vérité, mais une toute entière authenticité, une innocence et un véritable génie naturel et sincère.

C’est vers le mystérieux motif du Quintette pour cordes que nous conduit finalement la prose de M. Geidel, le chef-d’œuvre absolu de Schubert, un petit motif présenté comme la clé de toute l’énigme de l’Histoire de la Musique Occidentale. Hallucination auditive ou expérience mystique ?... Allez savoir, après la lecture de ce petit livre - d’une richesse et d’une concision remarquables - peut-être n’écouterez-vous plus jamais le Quintette de Schubert de la même manière…

Richard Holding

RESMUSICA, août 2006


Le voyage inachevé, une fantaisie sur Schubert
de Jean-Marc Geidel
L'Harmattan, Paris, collection écritures, 94 pages
ISBN : 2-296-00628-0

Livre associé

Le voyage inachevé
Collection : Écritures
2006

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