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" C'est un miracle si je suis arrivée à la retraite ! "

Auteure d'un livre récent sur sa vie de visiteuse médicale, notamment en Touraine, Julie Wasselin… mord avec le sourire.

> Julie Wasselin est née à Paris en 1944, elle est mariée, deux enfants.
> Elle a exercé son métier de visiteuse médicale en Touraine de 1981 à 1986. Elle habitait alors à Épeigné-les-Bois.
> Elle détient un diplôme d'opticienne.
> Après cinq années passées en Touraine, classée première visiteuse médicale de sa société (dont elle ne souhaite pas révéler le nom), elle choisit de partir habiter en Bourgogne, la région de ses rêves.
> Pendant sa carrière, elle a successivement eu à vanter les mérites de médicaments contre la bronchite, les maladies sexuellement transmissibles et les maux de tête, entre autres.

Cela fait neuf ans que vous n'êtes plus visiteuse médicale, pourquoi ce livre ?

"Parce que mon mari m'en a donné l'idée et que j'avais beaucoup de choses à raconter sur ce métier que j'ai exercé pendant vingt-cinq ans."

Vous avez commencé votre carrière en Touraine pendant cinq ans. Dans quelles circonstances ?

"A l'époque, j'étais divorcée avec deux enfants. J'avais besoin de travailler et j'avais le profil idéal pour les laboratoires : une jeune femme qui, par nature, connaît moins bien ses droits qu'un homme, qui a besoin de gagner sa vie et qui est présentable. Ils étaient sûrs que j'allais me battre pour y arriver…"

… Et vous vous êtes battue.

"Oui, au point de devenir la meilleure vendeuse de France de mon laboratoire, ce qui m'a valu de gagner un voyage dans le Péloponnèse, sans compter les nombreux avantages en nature que nous avions : la voiture, l'essence payée, les notes de frais…"

Alors, de quoi vous plaignez-vous ?

"Je ne me plains pas. Ce livre se veut mordant et drôle parce que j'ai vécu de bons moments mais, en même temps, c'est un métier extrêmement pénible où il faut être résistant. La moindre faiblesse peut vous perdre."

C'était quoi, vos journées ?

"Un visiteur médical doit d'abord passer son temps à bachoter pour connaître parfaitement les produits qu'il doit vanter auprès des médecins. Ensuite, c'est environ 300 km par jour pour réussir à voir six médecins.
"Il faut être en forme, souriant, connaître parfaitement son produit et avoir des résultats. Les plus faibles sont pressurisées, harcelées chez elles, puis virées brutalement si elles ne font pas l'affaire. Il y a eu des suicides."
Vous dites, des médecins, qu'il suffit de leur faire des cadeaux pour qu'ils prescrivent vos médicaments !
"Si un médecin le veut, il peut être invité au restaurant avec sa femme tous les soirs tant les sollicitations sont nombreuses, mais il n'en n'aurait pas le temps. Je dis, effectivement, que les cadeaux et la bonne mine de la visiteuse médicale peuvent faire la différence à qualité de produits égale. En vingt-cinq ans de métier, je n'ai eu que cinq refus de cadeaux !"

Vous citez un médecin qui vous emmenait faire un flipper plutôt que de parler médicament…

"Oui, c'était un médecin tourangeau qui ressemblait à Lee Marvin. Il s'en foutait de mon discours. Et, comme j'acceptais d'aller faire un flipper avec lui plutôt que de lui casser les pieds avec mes arguments, il me prenait mes médicaments."

Justement, comment s'est passé votre séjour en Touraine ?

"Ce fut le meilleur moment de ma vie professionnelle. Entre midi et deux, j'allais parfois manger un sandwich du côté de Chambord (Loir-et-Cher) ou rue de la Scellerie, à Tours, où il y avait trois merveilleuses pâtisseries.
"Puis je suis partie en Bourgogne où c'était très dur : je faisais 60.000 km par an. J'étais tellement épuisée quand je rentrais chez moi que je me tenais à ma voiture pour arriver à marcher. C'est un miracle que je sois arrivée jusqu'à la retraite, parce que les vieux VM, on n'en voit pas, ils s'évaporent !"

"Le quotidien d'une visiteuse médicale ou la promotion du médicament en France" aux Éditions l'Harmattan". 21 € (actuellement en réédition).

compétition

Championne d'équitation, Julie Wasselin a toujours nourri une passion pour les chevaux. Deux fois championne de France en concours complet d'attelage, elle est devenue juge de la Fédération française d'équitation et elle est l'auteure de plusieurs ouvrages sur la question.
Un esprit de compétition qui l'a beaucoup aidée : "Hier, le métier était déjà très dur et nous étions 7.000 visiteurs ; aujourd'hui, ils sont 27.000 et comme les médecins sont moins nombreux, il devient difficile de les voir :
Ils ont de moins en moins de temps à consacrer aux visiteurs médicaux qui n'ont même plus d'échantillons à leur fournir. Sans parler de la méfiance née des problèmes de certains laboratoires pharmaceutiques. Non, vraiment ce métier est devenu pénible, voire infaisable.

LA NOUVELLE RÉPUBLIQUE, juillet 2013

http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loi...

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