Articles de presse

Le sociologue lillois Gabriel Gosselin raconte son parcours militant

Mémoires
Du socialisme au " marché régulé "


Militant de gauche depuis la guerre d'Algérie, Gabriel Gosselin a accompagné Pierre Mauroy à Matignon, au sein du service d'information. Professeur émérite de sociologie à l'université des sciences et technologies de Lille, il publie un recueil d'articles retraçant le parcours d'un militant socialiste à L'épreuve du pouvoir. Une passionnante plongée à travers les contradictions d'un courant passé en 40 ans de l'utopie au réalisme.
- Comment avez-vous géré la contradiction entre vos propres idées et le courant, plus centralisateur, qui a porté François Mitterrand au pouvoir ?
-Je me reconnais dans la tradition de la deuxième gauche, qui n'avait pas bonne presse à l'époque. C'est vrai que la victoire de François Mitterrand a figé les débats sur cette question, notamment l'autogestion. On n'en a plus parlé : c'était considéré comme ringard, tabou. Mais au service d'information, je n'étais pas là pour discuter des orientations choisies ! Et puis, Pierre Mauroy, avec Gaston Defferre, a quand même fait la décentralisation. Et François Mitterrand était tout à fait d'accord là-dessus.

- Dans votre livre, vous plaidez pour des rapports sociaux libérés de la tutelle de l'État.
N'est-ce pas utopique dans le monde actuel ?
-II y a une certaine forme de provocation dans cette confiance. Je l'ai fait de façon excessive. Bien sûr qu'on a besoin d'un Etat fort pour lutter contre les inégalités et pour défendre les plus défavorisés. Mais j'ai écrit ça à une époque où la tradition autogestionnaire était vivace. Et où l'Etat était tout puissant. C'était à la fois utopique mais aussi tactique. Cela dit, l'autogestion est moins que jamais à l'ordre du jour.
- Vous prônez aujourd'hui une économie sociale de marché, c'est-à-dire régulée. Une vision rejetée le 29 mai. Comment avez-vous analysé ce vote 7 .
-Je regrette ce rejet. J'étais tout à fait pour l'adoption de la constitution européenne, en particulier au niveau de la régulation sociale. Je continue à défendre cette vision. Mais après la défaite de Jospin, il y a eu une remise en cause de tout ce qui n'était pas dans la vieille orthodoxie de gauche. C'était notamment la position de Fabius. C'est regrettable et dommageable, car c'est une vision à court terme. Pour moi, il n'y a pas d'autre solution que de réguler le marché.

Propos recueillis par L. W.

LA VOIX DU NORD, avril 2006

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