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Une belle leçon de vie

"C'est dans la bonne ville de Tours que Jacques Markiewicz, rescapé des ghettos de Pologne et des camps nazis, a reconstruit sa vie, dès le 16 janvier 1946, aux côtés de ses frères Henri et Meyer, lesquels avaient trouvé du travail en Touraine bien avant la guerre.

Comme nombre de ses compagnons rescapés du pays de la nuit, il aura fallu beaucoup de temps à Jacques Markiewicz pour témoigner de ce qu'il eut à subir. Comme le rappelle Alain-André Bernstein co-auteur avec Sophie Markiewicz du présent ouvrage, la première fois que cela est arrivé, c'était en 1999, en particulier au Lycée Jacques de Vaucanson de Tours, et Jacques Markiewicz était alors âgé de 72 ans.
Depuis, le temps a fait son oeuvre. Jacques disparu, sa fille Sophie se bat pour défendre sa mémoire et cela nous vaut un récit dénué de toute fioriture littéraire, au plus près du témoignage oral, dans le seul but de favoriser la transmission.
Jacques Markiewicz est né à Sieradz en Pologne le 27 août 1927 dans une famille forte de quatre frères et une soeur. Entre 1928 et 1939, la famille gagne la ville de Kakisz sur les bors de la Prosna, une ville où la moitié de la population était juive. Jacques y vivra là des jours heureux malgré un "antisémitisme latent qui n'altérait pourtant pas les rapports entre les deux communautés juive et chrétienne".
La famille vit très décemment, le père est commerçant, la mère tient une une épicerie. Quant à Jacques, il fréquente l'école et apprend l'hébreu dans la perspective de gagner un jour la Palestine. Deux de ses frères quittent la Pologne en 1930-1931 pour rejoindre Tours, où ils ont réussi à obtenir du travail comme pépiniéristes. Un autre frère Haïm, meurt à l'âge de 18 ans, avant la guerre à la suite d'une congestion pulmonaire.
C'est à partir du 1er septembre 1939, lorsque l'armée du Reich envahit la Pologne, que l'heure de la tragédie sonne pour la famille Markiewicz, ainsi que pour tous les autres juifs de Pologne.
Les Markiewicz sont conduits sous bonne garde à Lancut, une sorte de ghetto où les uns et les autres sont astreints à différents travaux forcés et subissent un régime de terreur qui ira croissant. De 1939 à 1941, Jacques ne quitte guère ses parents. Puis, au printemps 1941, ces derniers décident de le confier à la famille Glac, des catholiques qui s'occupaient de fermes, où Jacques trouvera à s'employer et à se cacher comme homme à tout faire, lors des grandes chasses menées contre les juifs.
Jusqu'en 1942, Jacques reste au service des Glac. Il y travaille dur, tout en confiant qu'il trouve auprès de "la Polonaise madame Glac" aide et protection. Mais vient le temps de la séparation aves les parents cachés eux aussi non loin de là, et la longue descente aux enfers qui commence pour l'auteur: le ghetto de Sieniawa où il retrouve son frère Lajzer, puis la fuite de ce même ghetto en septembre 1942 et une suite de péripéties qui le mènera de cache en cache, de ghetto en ghetto, jusqu'au camp de Szebnie en septembre 1943, puis Auschwitz-Birkenau en novembre 1943. Ensuite viendront un troisième camp et la mine de Guntergurbe au printemps 1944 où il deviendra maçon et un autre camp avant les tragiques marches de la mort. Puis à nouveau le camp de Gleiwitz, l'embarquement dans un wagon à bestiaux et enfin l'évacuation finale suivie de l'attente fiévreuse en Allemagne occupée et un difficile parcours du combattant vers Paris.
Enfin viendront les retrouvailles inespérées avec ses frères devenus Tourangeaux...
Voilà un témoignage sensible, nourri d'autant de souvenirs douloureux, mais aussi d'espérance. Une belle leçon de vie."

Claude Bochurberg

ACTUALITÉS JUIVES, janvier 2006

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