Articles de presse

Deux associations relancent leur campagne en faveur d'une loi sur l'"exception d'euthanasie"

Deux ans après la mort de Vincent Humbert, un jeune tétraplégique que sa mère et un médecin avaient aidé à mourir, la juge chargée de l'enquête, Anne Morvant, vient de clore son instruction.

Tout l'enjeu de cette affaire, qui avait suscité une forte émotion et relancé le débat sur l'euthanasie en France, est de savoir si Marie Humbert et le docteur Frédéric Chaussoy, respectivement mis en examen pour "administration de substances toxiques" et "empoisonnement avec préméditation", seront renvoyés devant les assises ou s'ils bénéficieront d'un non-lieu. La juge du tribunal de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) devrait rendre son ordonnance avant la fin de l'année.

La grande solitude des malades en fin de vie
Présentée, jeudi 22 septembre, lors du congrès de la Société française d'anesthésie-réanimation (SFAR), une enquête nationale consacrée aux conditions de décès à l'hôpital révèle que seulement 12 % des patients décédés ont bénéficié d'une prise en charge en soins palliatifs.

Réalisée en 2003 et 2004 par questionnaire auprès des infirmières de 613 services dans 200 hôpitaux, cette étude menée par des médecins de l'hôpital Henri-Mondor de Créteil (val-de-Marne) montre la grande solitude des malades en fin de vie. Seuls 24 % sont morts accompagnés par un proche, et un médecin n'était présent que dans 20 % des cas. Ce sont les infirmières qui entourent le plus souvent les patients lors de leurs derniers instants. Mais seules 38 % d'entre elles ont bénéficié d'une formation spécifique sur la fin de vie, alors qu'une majorité souhaiterait en suivre une. Enfin, les infirmières ne sont que 35 % à estimer que les conditions du décès étaient "acceptables" pour les proches. "Ces chiffres révèlent l'inadéquation entre les recommandations et les moyens accordés", notent les auteurs de l'enquête.


Depuis la mort de son fils, Marie Humbert, soutenue par l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) et le collectif Faut qu'on s'active ! sillonne la France pour défendre l'idée d'une "loi Vincent Humbert" instituant "une exception d'euthanasie" . Sa pétition en faveur d'"une aide active à mourir" a déjà recueilli 180 000 signatures, dont celles de personnalités telles que Pierre-Gilles de Gennes, Albert Jacquard, Agnès Varda, Claude Allègre, Ariane Mnouchkine ou Michel Drucker.

Vendredi 23 septembre, Marie Humbert était à Paris, aux côtés des militants de l'ADMD, à l'occasion de la parution de l'ouvrage de Catherine Leguay, intitulé Respecter la vie, disposer de sa mort ! (éditions L'Harmattan).

Après s'être plongée dans le volumineux rapport de la mission parlementaire à l'origine de la loi sur la fin de vie votée le 13 avril et autorisant un "droit à laisser mourir", Catherine Leguay, membre de l'ADMD, a voulu "rendre la parole à ceux qui n'ont pas été entendus" . Sur les 79 personnes auditionnées par les parlementaires "seules deux, l'ancien sénateur Henri Caillavet et le philosophe André Comte-Sponville, étaient en faveur d'une dépénalisation de l'euthanasie", pointe-t-elle, en fustigeant "ce choix partisan délibéré" .

A la tête de l'association Faut qu'on s'active ! et du Mouvement national pour une loi Vincent Humbert, Vincent Léna n'hésite pas à dénoncer "la sorte de mascarade à grande échelle qui s'est jouée lors du vote de la loi sur la fin de vie". "On a vendu aux Français des dispositions fantomatiques qui ne règlent pas des cas comme celui de Vincent Humbert", s'indigne-t-il. De son côté, Jacqueline Herremans, présidente de l'ADMD en Belgique pays qui a légalisé depuis 2002, sous certaines conditions, l'euthanasie, défend l'idée d'un "espace de liberté individuelle face à la mort car ce n'est ni à Dieu, ni à l'Etat, ni aux médecins de décider" .

Soutenant Marie Humbert et l'ADMD, Henri Caillavet, mais aussi l'animatrice-productrice Mireille Dumas, comparent le combat en faveur de la légalisation de l'euthanasie à celui qui a été mené dans les années 1970 pour autoriser l'avortement. "L'

Sandrine Blanchard

LE MONDE, septembre 2005