Articles de presse

Dépasser l'emploi capitaliste?

Ancien président de Comedia, Christian
Tirefort publie un "Manifeste pour un nouveau Contrat social".


"Réhabiliter le travail, c'est le
libérer de l'emploi capitaliste."

Tout est dans le sous-titre.
Christian Tirefort, 70 ans, vient
de publier un Manifeste pour
un nouveau Contrat social1.
L'auteur est bien connu dans le
monde syndical en tant qu'ancien
président du Syndicat du
livre et du papier, puis de Comedia
- aujourd'hui devenu
Syndicom.

Un ouvrage théorique, né
de sa riche expérience et surtout
de discussions menées au
sein de La Gauche, puis dans le
cadre du Mouvement vers la révolution
citoyenne, un petit
groupe de militants communistes
actifs à Genève.

L'ouvrage s'ouvre sur un bilan
très noir de la situation. Le
capitalisme est-il en train de
s'essouffler? "En tous les cas, et
la plupart des économistes
l'admettent, il y a découplage
entre l'économie réelle et
l'économie financière", relève
M. Tirefort.

Crise de la démocratie
Le discours est à la fois optimiste
- "Nous pensons que le
peuple se dressera et fera s'écrouler
ce système" - et pessimiste.
"Le capitalisme vampirise
tout sur son passage et la
gauche n'a plus prise sur ce
phénomène, elle est dans l'incapacité
de lui opposer un projet
cohérent." A partir de là, tout
devient possible. Y compris des
guerres, comme lors de précédentes
crises du capitalisme au
XXe siècle.

Celle que nous traversons
est aussi une crise de la démocratie.
"Les gens ne se reconnaissent
plus dans le système,
ils cessent de voter, c'est un signal
qui devrait interpeller la
classe politique", explique l'auteur.

La révolution bolivarienne
est scrutée avec intérêt en ce
qu'elle met en pratique des
projets de coopération sur lesquels
il est possible de bâtir une
alternative à la compétition
sauvage.

Pensée radicale
Quoi qu'il en soit, il faut repenser
de manière radicale les
rapports entre capital et
travail, estime Christian Tirefort.
La démarche de ce dernier
se veut aussi iconoclaste.
Elle rompt avec certains
concepts de base
de la pensée du mouvement
ouvrier. D'où des passages
passablement ardus.

S'il est assez logique de repenser,
comme le fait l'auteur,
la notion de travail - celle-ci ne
peut plus être comprise de la
même manière qu'au XIXe
siècle et ses groupes homogènes
de prolétaires -, il va
beaucoup plus loin dans son
opération de relecture. La lutte
des classes doit elle aussi être
repensée: "On peut dire de la
bourgeoisie qu'elle est une classe.
Elle a des intérêts particuliers
à défendre. Les travailleurs,
eux, n'ont que des valeurs universelles
à promouvoir."
On ne peut donc pas les enfermer
dans un concept de
classe. "Ils sont mus par des aspirations
universalistes qui
concernent chaque être humain:
la santé, l'instruction, le
travail, la démocratie, la justice,
la culture", peut-on lire
dans l'ouvrage. Les travailleurs
sont certes une partie centrale
du peuple souverain. Mais cette
souveraineté "n'est pas un
pouvoir de classe". I

PHILIPPE BACH


DÉDICACE
L'ouvrage de Christian Tirefort
sera présenté aujourd'hui à la
Librairie Fahrenheit 451 (rue
Voltaire 24). La rencontre a lieu
à 14h30 et sera modérée par
Christiane Pasteur, corédactrice
en chef du Courrier.
Elle se tiendra en présence de
l'auteur. "Comment produirons-
nous? Comment coopérerons-
nous? Comment
échangerons-nous? C'est cette
discussion qu'il faut mener, non
plus pour quémander de petits
espaces d'autonomie aux capita-
listes, mais pour mettre notre
travail en oeuvre dans une
société que nous aurons nous-
mêmes conçue", selon l'annonce
de la réunion. Cette dernière sera
suivie d'un apéro.CO

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