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ÉDUCATION ET TERRORISME

Après le massacre à Charlie-Hebdo, après les incidents dans les collèges et lycées lors de la minute de silence, Madame la Ministre de l'éducation parle. Et elle parle bien, reconnaissant pour la première fois l'ampleur du problème en des termes justes et réalistes.
C'est pour moi un immense soulagement. Enfin ! Je constate, avec des sentiments mêlés que notre énorme machine éducative a pris moins de vingt ans pour que la direction accuse réception d'un signal d'alarme lancé par un détecteur d'une bonne sensibilité. Si tout se passe bien, les changements concrets sur le terrain devraient pouvoir commencer à être observables dans une quinzaine d'années…
En effet, c'est en 1997 que Philippe Meirieu écrivait : "Il ne s'agit pas de charger l'école de toutes les responsabilités. Mais il convient de mettre au premier plan celle, fondamentale, qui conditionne notre avenir : apprendre aux enfants à vivre ensemble, à surseoir à leur violence, à s'écouter, à se parler, à inventer ensemble leur avenir" dans son ouvrage au titre qui prend aujourd'hui une amère saveur : L'école ou la guerre civile.
Entre les deux à l'époque, de toute évidence, le pouvoir politique n'a pas choisi l'école. Claude Allègre, nommé par Lionel Jospin, orientait toute sa politique sur le "dégraissage du mammouth". Des manifestations s'organisèrent, au cours desquelles je me souviens avoir vu bon nombre de collègues brandir leur carte d'électeur et parfois la déchirer. C'est ce souvenir qui m'a motivé, après le noir 21 avril 2002, à scruter de près les analyses de ce premier tour calamiteux : les enseignants, notamment ceux du premier degré, déçus et aigris par la politique menée par M. Allègre, et plus encore rendus furieux par ses multiples propos provocateurs (sur l'absentéisme des enseignants, sur leurs "privilèges"…), ont voté pour d'autres candidats de gauche que le premier ministre. Leurs voix auraient suffi pour éviter le passage de Le Pen en seconde position. Déjà à cette époque donc, une mauvaise politique éducative est à l'origine d'une catastrophe politique, et porte atteinte aux fondements même de notre République.
Pendant le quinquennat suivant, le pouvoir politique n'a toujours pas choisi l'école. Trois ministres se sont succédé, dont aucun n'a mis le vivre-ensemble au centre de son action. Les alertes ont pourtant pris une gravité particulière à l'automne 2005 avec les émeutes dans les banlieues, mais les réponses ont été bien davantage policières qu'éducatives.
En 2007, la "droite décomplexée" sarkozyste, constatant fort justement que tout ne va pas bien dans l'éducation choisit, elle, de mettre l'éducation au centre… de la cible de ses attaques. Il s'agit à présent clairement de saper ce pilier de la République. D'ailleurs, la droite sarkozyste ne se revendique plus républicaine, en effet le "R" qui caractérisait les partis de droite depuis De Gaulle (UNR, UDR, puis RPR) a disparu avec la création de l'UMP. On supprime des postes d'enseignant partout, on démolit les réseaux d'aide et de soutien aux élèves en difficulté (RASED), on pulvérise la formation des enseignants.
Pour ce qui est de l'éducation au vivre-ensemble, le discours du chef de l'État n'est pas celui de l'islamisme radical, mais il est déjà radicalement antirépublicain et anti-laïque en affirmant la supériorité du curé sur l'instituteur le 20 décembre 2007.

Jean-Marc Fert, le 16 janvier 2015


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ÉDUCATION ET TERRORISME II

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