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ÉDUCATION ET TERRORISME II

En 2012, enfin, arrive le-changement-c'est-maintenant. Rendant hommage à Jules Ferry, le nouveau président de gauche jure solennellement que sa priorité, c'est la jeunesse, c'est l'éducation, et qu'on va la refonder… Quel affreux symbole ! Parler du futur de l'éducation en prenant pour référence le fondateur de l'école non pas celle de la République, mais celle de l'Empire colonial, le fondateur d'une école qui voulait "civiliser les peuples sauvages", d'une école qui séparait les classes sociales et qui ne donnait pas aux filles le droit de passer le baccalauréat… C'est (entre autre) de la pesanteur de cet héritage étouffant dont souffre l'école du XXIe siècle !
De fait, l'accent n'est pas mis sur l'éducation, mais sur la réduction des dépenses. On voit passer à nouveau trois ministres dans un lieu qui exige le maintien d'une même direction sur la longue durée et le bilan, malgré les bonnes volontés et les bonnes intentions, est maigre, surtout en ce qui concerne le vivre-ensemble. Comme le disait récemment un acteur très engagé : "On peut constater une très grande différence dans la politique éducative entre la gauche et la droite : la droite démolit alors que la gauche laisse pourrir ".
Parlons argent, puisqu'il semble que ce soit le seul langage que connaissent nos dirigeants. Combien coûte aujourd'hui l'immobilisme éducatif, le manque d'investissement dans une transformation du système ? Combien coûte le manque de formation de nos jeunes enseignants et éducateurs ? Combien coûte à la police, à la justice, au pays tout entier la dérive des jeunes rejetés sans formation par le système éducatif ? On annonce déjà de nouvelles dépenses dans la police, dans l'armée, dans les prisons, et elles sont devenues nécessaires, suite à l'échec de l'éducation. Soyons clairs, sans tenter d'avoir ici le talent de Bernard Maris, il semble bien que ces réductions de dépenses soient hors de prix ! Nous n'avons plus les moyens de payer les conséquences de ces petites économies.
André de Peretti comme Edgar Morin, regrettent le conservatisme des syndicats enseignants (1). Effectivement, le manque de formation en matière d'éducation pousse les enseignants à se réfugier sur la seule "transmission des savoirs". "L'éducation, c'est l'affaire des familles", nous disent-ils. L'éducation familiale, oui, bien sûr, mais l'éducation nationale et citoyenne est l'affaire de la nation. Par exemple, on ne peut pas attendre des parents qu'ils donnent une éducation citoyenne à leurs enfants si eux-mêmes ont vécu dans des dictatures, ou s'ils ont été considérés par la France comme des exclus relégués dans les ghettos périphériques. Aujourd'hui, la ministre annonce que l'on va donner des éléments de formation éducative aux futurs enseignants. C'était déjà très largement contenu dans le rapport qu'André de Peretti avait remis au ministère en 1982… Va-t-on enfin cesser de croire qu'il suffit de professer pour éduquer ?

1- Voir respectivement la préface et la postface de mes deux derniers ouvrages :

ÉDUQUER POUR UNE SOCIÉTÉ DURABLE - Dieux et autorités en crise


APPRENDRE À PENSER COMPLEXE

Jean-Marc Fert, le 16 janvier 2015


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ÉDUCATION ET TERRORISME III

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