Articles de presse

La charge baroque de Twain contre Léopold II

En histoire, l'anachronisme est un péché mortel. Il est osé de resituer les débuts de l'aventure coloniale belge avec des raisonnements du XXIe siècle. C'est pourquoi l'exposition de Tervuren sur notre "passé congolais" veillera à resituer l'esprit de son temps. Comme l'a expliqué Guido Gryseels, c'est en confrontant divers points de vue que l'on peut tendre vers une approche plus objective. Pas question de révisionnisme, mais d'une mise au point à partir d'une "histoire partagée", pour paraphraser l'intitulé de l'expo.
D'ici là, il est intéressant d'aligner d'autres pièces du dossier. Epinglons ici une heureuse initiative Jean-Pierre Orban. Ce philosophe et journaliste vient de lancer une collection de regards d'auteurs sur l'Afrique et nous livre "Le soliloque du roi Léopold", la réédition d'une satire féroce de Mark Twain, écrite en 1904 et parue une première fois en français en 1987, chez Jacques Antoine.
La charge est violente ; c'est une hyperbole artistique, une exagération d'écrivain, pas une analyse historique, mais elle est très éclairante de son époque. A lire en ayant à l'esprit le mot du Pr Benoît Verhaegenn, spécialiste de l'Afrique, qui se demande si le harcèlement à l'égard de Léopold II ne relève pas d'une tentative de détourner l'attention de la critique anticoloniale et de la fixer sur un individu, plutôt que sur un système dont ces pays seraient responsables.

Christian Laporte

LE SOIR (BELGIQUE), juin 2004