Articles de presse

Léopold II, un roi shakespearien

Un coup de coeur de Jean Michel d'Hoop (il y a dix ans déjà…) pour le "Soliloque du roi Léopold" et la rencontre avec son traducteur ont donné l'impulsion déterminante du spectacle de la Compagnie Point Zéro, toujours en compagnonnage aux Martyrs.
Si l'oeuvre de Mark Twain est bien à la source, elle se retrouve "cassée" et reconstruite dans un moule théâtral très éloigné du monologue initial qui se prêtait mal à une mise en scène, même si Twain y a glissé des sortes de didascalies précisant les gestes de Léopold II, explique Jean-Pierre Orban, qui a donc repris la plume de sa traduction, en s'embarquant avec toute l'équipe directement sur le plateau, créant et modifiant des scènes au fil du travail !
Une première pour ce journaliste et philosophe belge, aujourd'hui traducteur à Toulouse et directeur de la nouvelle collection des éditions de l'Harmattan "L'Afrique au coeur des lettres". Et l'homme d'avouer toute sa jeunesse en Afrique… Sans être un colon typique, précise-t-il.
Nous avons gardé environ 60 % de l'oeuvre de Mark Twain, confie le metteur en scène Jean-Michel d'Hoop, mais, comme nous estimions que l'histoire dépassait le roi lui-même, nous avons fait parler d'autres personnages que se partagent cinq comédiens, tous Blancs : Stanley, un colon "belge moyen", un administrateur colonial, un choeur d'hommes en noir, un personnage (joué par une danseuse acrobate !) qui représente la conscience du roi, gardien et provocateur, initiateur de l'histoire, qui réveille les vitrines assoupies d'un musée de l'Afrique imaginaire. Nous voulions aussi toucher à ce que signifie l'Afrique, le Congo, le roi Léopold pour les gens de la rue, aujourd'hui, quitte à y inclure une série de clichés qui, de toute manière, nous appartiennent.
Quant au monarque épinglé par Mark Twain, Jean-Pierre Orban et Jean-Michel d'Hoop n'ont pas cherché à le doter d'une dose supplémentaire de caricature, au contraire. Nous le voyons comme une sorte de roi shakespearien, un roi Lear, qui a ses côtés touchants, qu'on accuse, qui se sent lâché, incompris.
Pas un monstre, même s'il reste haut en couleur, mais un roi ambigu, qui a été tel parce que tout le monde a permis que ce soit possible. Léopold II, qui n'a jamais mis les pieds en Afrique, exerce toujours une grande fascination, parce qu'il a été le rêve d'un tout petit pays qui a voulu et gagné l'un des plus gros Etats d'Afrique ! Il a mis le doigt sur les frustrations du pays "petit". C'est lui qui disait que la Belgique est grande parce qu'elle a la mer devant elle !

Voilà une matière dense, éminemment théâtrale que la Compagnie Point Zéro a voulue ludique, en constante rupture de tons - burlesque, tragique, violent, léger, où comme la poésie, le langage corporel a sa belle part.

Michele Friche

LE SOIR, février 2005


 Télécharger le fichier

Théâtre de la place des Martyrs, du 22 février au 26 mars. Un débat est prévu le 19 mars autour du spectacle, avec les auteurs et plusieurs invités dont Jacques Delcuvellerie. Tél. 02.223.32.08.