Compléments d'ouvrage

Erwin Bowien contre le nazisme

Le texte d’Erwin Bowien, Heures perdues du Matin, a été publié à Paris par la maison d’édition L’Harmattan dans la collection " Allemagne d’hier et d’aujourd’hui " dirigée par Thierry Feral. Ces précisions sont éclairantes dans la mesure où elles permettent de situer l’intérêt que peut représenter ce texte pour le lecteur français.
Les éditions L’Harmattan ont une place à part dans l’édition française. Denis Pryen qui les dirige, a une politique éditoriale orientée vers la publication de textes inédits, d’auteurs le plus souvent non connus du grand public, mais des textes sélectionnés pour leur intérêt intrinsèque, quel que soit le domaine dans lequel ils s’inscrivent (littérature, sciences humaines, thèses...) et le thème sur lequel ils portent.
Par ailleurs, d’un point de vue commercial, ces publications ne répondent pas aux critères des grandes maisons d’édition qui visent au risque zéro et à la rentabilité maximale. Ceci pour souligner que d’emblée la valeur du texte de Bowien a été reconnue pour elle-même.
Thierry Feral, à qui je demandais quelles furent les raisons qui ont motivé sa décision de retenir Heures perdues du matin m’a répondu :
- " Parce qu’il s’édite peu d’écrits comparables en France et que les Français ont encore une perception indifférenciée des Allemands de la période de la guerre.
- Et y a-t-il des publications du même type en Allemagne ?
- En Allemagne, il en sort davantage, oui
".

Jean-Pierre Lefèbvre, professeur à l’école normale supérieure de la rue d’Ulm, à Paris, germaniste connu pour ses travaux sur Hölderlin en particulier, avait été le premier à m’encourager à entreprendre le travail de mise au point du texte de Bowien. C’est donc largement à lui que ce texte doit d’avoir été publié. Lui aussi en avait détecté l’intérêt, avec un certain mérite compte tenu de la grande médiocrité de l’état matériel du texte tapé à la machine juste après guerre par Bowien, et qui est le seul exemplaire en la possession de Bettina Heinen-Ayech, président du Cercle des amis de Bowien à Solingen.
Pour ma part, ma première lecture après que Bettina m’eût confiée la tâche d’en préparer une mouture propre à la publication me convainquit immédiatement que cela en valait la peine. Mes raisons tenaient à l’idée que je me fais du rôle de la culture d’une part et, d’autre part, de celui de chacun de nous dans le processus dans le processus de construction européenne (j’espère ne pas apparaître trop prétentieux en disant les choses aussi franchement).
La culture ne me semble pas devoir rester une affaire d’érudition ni d’érudits, coupés l’une et l’autre du monde vivant des hommes, mais au contraire la principale affaire de ce monde pour les hommes de ce monde. Bowien représente à mes yeux un homme cultivé accompli, un humaniste de notre temps, extrêmement moderne malgré ce que pourraient penser les critiques superficiels.
Si maints passages de son Journal apparaissent quasiment prophétiques, ceci n’est pas dû à une quelconque illumination surnaturelle de Bowien, mais à la pénétration de son jugement à partir de l’observation minutieuse des faits et gestes de ses contemporains ; le peintre n’est pas seulement un analyste exigeant de la nature mais aussi de l’homme. La profondeur de sa pensée me semble tout particulièrement être en rapport avec sa bienveillance, une qualité rare de notre espèce et sans laquelle l’intelligence n’est pas féconde. Que Bowien puise ses ressources dans sa foi chrétienne, il l’exprime lui-même.
Cette architecture de l’homme Bowien, dont les éléments intellectuels et moraux sont bien intégrés, harmonieux à nos yeux, est le microcosme de cette Europe qu’il souhaitait sans aucun doute. Il est important de souligner, à la lumière d’évènements récents qui ne cessent de nous interpeller, que cette Europe fraternelle et unie dont nous avons besoin ne se construira pas sans nous, c’est-à-dire sans nous citoyennes et citoyens conscients et actifs. Conscients

Bernard Zimmermann


Pour en savoir plus, n’hésitez pas à consulter le catalogue de la collection " Allemagne d’hier et d’aujourd’hui ".