Compléments d'ouvrage

Présentation du livre de Thierry Feral

Cela fait maintenant pratiquement trente ans que le germaniste T. Feral travaille sur le national-socialisme et cherche d’ouvrage en ouvrage à en cerner les différentes facettes. Déjà, en classe terminale au lycée Émile Duclaux d’Aurillac, il avait obtenu le " Prix Strasbourg " avec une étude en langue allemande sur l’écrivain Wolfgang Borchert face au nazisme. Durant ses études, il approfondira le sujet et consacrera son mémoire de maîtrise à la fameuse trilogie de Dantzig de Günter Grass. Vivant à l’époque en Allemagne, il se constituera une documentation de première main qu’il exploitera lors de son troisième cycle à Nanterre consacré, sous la direction du philosophe et germaniste Henri Arvon, à la politique artistique et culturelle du troisième Reich qui donnera naissance en 1977 à un montage audiovisuel réalisé par le CRDP de Clermont-Ferrand et en 1980 à l’ouvrage La Conscience pétrifiée.
Après nombre de textes sur Mein Kampf, la poésie nationale-socialiste, la Suisse au temps du nazisme (dès 1982 !), le vocabulaire du national-socialisme, le sport, la femme dans la société nazie, la résistance antifasciste allemande en France, la littérature d’exil, etc. (Cf. Anatomie d’un crépuscule/1980) et Le Défi de la mémoire /1981) qui lui vaudront l’amitié du sociopsychanalyste Gérard Mendel et du grand spécialiste des courants politiques et esthétiques des années 20/30 Jean-Michel Palmier, il en viendra, dans le cadre de son enseignement à la faculté de Droit de Clermont de 1976 à 1996, à s’intéresser au problème de la justice. Ses recherches, à l’origine destinées aux étudiants de licence et à l’école du barreau, aboutiront au présent livre.
La question que l’on peut d’emblée se poser est est-ce qu’il y avait un réel intérêt à publier un ouvrage de vulgarisation sur un tel thème, qui a priori ne concerne guère que des spécialistes – plus d’un demi siècle après la disparition du Reich hitlérien. La réponse de Feral, en fidèle disciple de Gérard Mendel, est que, quoi que l’on puisse faire, et même pour les jeunes générations qui n’ont pas vécu cela, le passé reste un pan vivace de notre culture. On a beau tenter de l’enfouir, il finit toujours par resurgir. Il ne se passe guère un jour sans que la presse et la télévision ne nous y renvoient et la littérature en fait encore aujourd’hui ses choux gras. Pour Feral, la citoyenneté et la lutte pour la démocratie passent par une nécessaire appropriation par chacun des facettes les plus sombres de l’histoire.
Convaincu que l’on ne peut échapper au passé et qu’il vaut mieux être préparé à le rencontrer au détour du chemin, à le reconnaître sous son camouflage moderne, que de se laisser surprendre et désarçonner, voire séduire par lui, il cite volontiers le discours de 1985 de Richard von Weizsäcker, alors président de la République fédérale, qui affirmait que " si les générations d’après-guerre ne peuvent être rendues responsables du passé, elles restent néanmoins responsables de ce que l’avenir fera de ce passé ". Se concentrer sur le présent et l’avenir en étant aveugle à l’héritage dont nous sommes marqués et avec lequel nous devons vivre peut être porteur de lourdes conséquences.
Ainsi, sommes-nous absolument certains que les éléments constitutifs de la fonction que s’était assignée la justice sous le troisième Reich ne sont pas toujours présents dans les mentalités d’aujourd’hui ? Certes, le faisceau qui a constitué la spécificité du nazisme en matière juridique n’existe plus à l’heure actuelle. Il n’existe présentement pas de régime politique où il y ait une conjugaison de la négation totale des libertés individuelles, de la manipulation par le pouvoir politique des principes fondamentaux du Droit (par exemple la rétroactivité), d’une terreur instrumentalisée, de la destruction de la pensée remplacée par une mythologie de l’omniscience et de l’infaillibilité d’un chef unique, d’une législation raciale. Toutefois, s’il est<

C.R.M

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