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Le surréaliste éternel

Il a laissé à la postérité littéraire de son pays une cinquantaine d'ouvrages, allant des contes aux aphorismes, en passant par le roman, le théâtre, la réflexion philosophique et la poésie. Traité de fou de son vivant, Malcolm de Chazal préférait être traité de "Grand Noir" plutôt que de "Grand Blanc". Léopold Sédar Senghor croyait qu'il était Noir, "le plus beau compliment qu'on m'ait fait", s'enorgueillit Chazal. Né le 12 septembre 1902 à Cockerney, à Allée Brillant, où se trouve actuellement le Club Hippique, il grandit à Mesnil-aux-Roses, avant de s'implanter définitivement à Curepipe.
Ingénieur, après des études à Bâton Rouge, en Louisiane, il rentre au pays et va travailler dans les sucreries de Saint-Aubin, dans le Sud, et Solitude, dans le Nord. "Très vite, il se rebelle contre l'administration. Il se révolte contre l'état-major sucrier, qu'il accuse de dilapider ses biens, parle de la nécessité d'un laboratoire central (que l'industrie sucrière créera plus tard, avec le MSIRI, à Réduit). Bref, Chazal se met à dos sa propre communauté", explique Robert Furlong.
Il se dissocie d'ailleurs de son groupe social, quand il se rapproche du parti Travailliste et de Seewoosagur Ramgoolam. "Chazal a été candidat Travailliste à Rose-Hill et a failli être élu, en 1957. Il ne fut battu que de peu par Baby Ythier. Il est monté sur les caissons de camion et au retour d'un meeting au cinéma Hall, à Rose-Hill, il écrit une chronique où il dit que "Petrusmok a pu rencontrer son peuple."
Pour Robert Furlong, qui édite "Moïse" et "Autobiographie spirituelle", deux inédits de Chazal, et qui sont présentés cet après-midi au Centre Charles Baudelaire, à 17h30, "Chazal est l'auteur le plus moderne qui existe. Avec "Petrusmok", il a donné une dimension mythologique à son île. Il parlait aux montagnes, parce que les montagnes lui parlaient. Et la fleur azalée, dans le jardin Botanique, à Curepipe, a fait éclore sa pensée poétique."
C'est grâce à Jeanne Gerval-Arouff, poétesse, plasticienne, et amie proche de Chazal, que
"Autobiographie spirituelle" est publiée. "Un jour, Chazal l'a appelé et lui a remis ce texte, lui disant " faites-en ce que vous voulez. Jeanne en avait publié des extraits dans Cinq-Plus. Sans Plus. Et je précise que nous l'avons publié sans aucune subvention. Tout comme nous éditerons une cinquantaine de contes de Chazal, à la fin de l'année, pour propager la pensée du grand homme. On ne doit rien à personne, sauf à Chazal".
Robert Furlong est sous le charme de Chazal, et il déplore que "son œuvre ne soit pas dans nos classes et à l'université. C'est vrai que certains de ses écrits sont ésotériques, mais "Autobiographie spirituelle", par exemple, est facile d'accès. J'ai écrit au Mauritius Examinations Syndicate, et j'attends. Mais c'est impensable qu'il n'y ait pas un corpus de textes d'un auteur de cette envergure au programme d'études. Mais c'est vrai aussi qu'il faudra trouver des enseignants pour initier les jeunes à cette œuvre littéraire.
"Si Jean Paulhan est ébloui par l'œuvre Chazalienne, "c'est qu'il a longtemps résidé à Madagascar et connaît les hain teny, auxquels s'apparentent les aphorismes de Chazal. Ce n'est pas étonnant que Paulhan trouve en Chazal cette faculté de donner au verbe une dimension nouvelle." Alors, Chazal, dramaturge, fabricant de proverbes, chroniqueur de presse, romancier ? Pour Robert Furlong, il est tout simplement poète. "Et la peinture est un poème pour lui. Tous les éléments qui sont sur ses aplats se parlent entre eux." Celui qui di-sait que "la vallée est le soutien-gorge du vent " arpentait son île de la rue Pope Hennessy, où il avait ses aises à l'hôtel National, à Crève Coeur, où il tutoyait le Pieter Both, en passant par le jardin Botanique, à Curepipe. Ce "perdi bande", comme le qualifiera Aslakha "Cabon" Callikan, n'a jamais pu se réconcilier avec son peuple, malgré une œuvre éloquente.
"Ce n'était pas facile de comprendre Chazal. Il avait une dimension différente. Et il fut même pris à partie physiquement, dans un club, à Curepipe. Pour moi, seuls deux écrivains ont donné une dimension mythologique à cette île : Léoville L'Homme, avec "Le roc de Cirné", écrit en alexandrins, et édité en 1926, et Malcolm de Chazal, avec "Petrusmok". Ces deux œuvres enracinent Maurice dans un autre univers. Pourquoi ne pas croire que notre île a été créée selon ce qu'en dit Jules Hermann", rêve Robert Furlong.

Sedley Assonne

LE MATINAL, septembre 2008

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