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Aujourd'hui Chazal

Malcolm de Chazal aurait eu 106 ans le 12 septembre de cette année... S'il vivait encore, nul doute qu'il nous rappellerait constamment et régulièrement ses mots par lesquels il clôt le dernier texte autobiographique connu qu'il a rédigé : " Il faut réapprendre à l'homme à voir. Et pour cela atteindre le cosmique. " Voici un hommage que lui rend Robert Furlong.
Mon image à moi de Chazal est celle qui reste gravée dans ma mémoire d'adolescent : par un brumeux et frais matin d'hiver curepipien alors que j'allais au collège, Chazal était assis sur un tabouret face à l'église de Sainte-Thérèse et avait tracé à la gouache le contour d'une église qui ressemblait fort peu au modèle qui lui faisait face... Et, du clocher - je veux dire, de celui du tableau -, jaillissait à ma stupéfaction un arbre gigantesque, superbe,
d'un vert éclatant, chargé de fruits d'un rouge brillant... Tant l'arbre que les fruits et l'église étaient bordés d'un rebord blanc les séparant l'un de l'autre. Je ne réalisais que bien plus tard que je venais de recevoir ma première leçon de féérie ! Ce matin-là, je poursuivis ma route en me disant quelque chose comme ène fénomène, sa boug-là !... J'avais également pris ce matin-là une leçon de correspondance au sens baudelairien du terme, mais, à cet âge-là, la correspondance est une affaire de facteur !
Que faisons-nous pour pérenniser son œuvre et sa mémoire ? Bien peu de choses et, surtout, le contraire de ce qu'il faut faire. La formidable nouvelle de la création d'une Fondation Chazal en 2002 avec un mandat élargi à l'ensemble de la littérature mauricienne et avec un budget clairement assigné sur une base annelle a abouti, en 2005, à la liquidation bête, puérile et revancharde de son Conseil d'administration... Du coup, la structure est passée d'une coquille en plein essor, soucieuse d'accomplir le rêve d'harmonie universelle et artistique de Chazal, en une coquille vide, inerte, en panne ! Quel gâchis ! Quel manque de reconnaissance envers ce poète authentiquement mauricien au point de se confondre avec notre basalte identitaire ! Quel mépris pour celui qui
en 1959 avait été candidat travailliste aux élections dans la circonscription de Rose-Hill, avait défendu les rêves autonomistes d'alors aux côtés de son ami Sir Seewoosagur Ramgoolam, de Ringadoo, de Boolell, de Walter, etc, et avait bien failli être élu ! En vérité, quelle honte pour ceux qui ont de tels défauts de mémoire !
Bon anniversaire, Malcolm. Vous aviez raison : votre œuvre reste neuve et recèle toujours des enseignements pour nous. A nous de la faire vivre et de la transmettre aux générations futures !

Robert Furlong

L' EXPRESS (ILE MAURICE), septembre 2008

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