Articles de presse

Le Cheval-prophète de Béla Tarr : après Nietzsche...

Il paraît évident de considérer l'être humain comme le produit mais aussi comme le producteur d'une histoire qui le façonne. Si sa conscience individualise et unifie son point de vue sur le monde, rien n'indique qu'il soit pour autant le seul sujet animal à percevoir l'histoire de sa propre vie. L'animal peut se révéler le témoin conscient de son histoire, mais aussi de celle d'autres animaux : l'homme, par exemple.
Chez Bela Tarr le cheval paraît véritablement habité par une conscience du monde qui l'entoure, mais encore - le réalisateur l'annonce dès le départ - être plein, à sa façon, d'une histoire qui vient de se produire et dont on connaît le dernier épisode : l'effondrement de Friedrich Nietzsche, le 3 janvier 1889, sur la piazza Alberto à Turin. Le philosophe se serait jeté, en pleurant, au cou d'un cheval de fiacre épuisé et brutalisé par son cocher. Puis il aurait perdu connaissance. Après cet événement, il n'écrira plus. Déclaré fou, il restera enfermé jusqu'à la fin de ses jours. En 1930, le critique littéraire et anthropologue, Erich Friedrich Podach, publie une étude intitulée L'Effondrement de Nietzsche, dans laquelle, pour la première fois, il est fait référence aux conclusions d'un psychiatre turinois chargé d'examiner le philosophe : "Le désordre mental actuel est le premier dans la vie du malade [...]. Le patient prétend être un homme illustre, ne cesse de réclamer des femmes. Diagnostic : faiblesse du cerveau." (Erich Friedrich Podach, L'Effondrement de Nietzsche, Paris, Gallimard, 1978, p. 34)
2020

https://figures-historiques-revue.univ-lille.fr...

Auteur concerné