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Yoruba aux Bénin

Adetutu Onishabe
16 h ·

L'émergence de la langue yoruba
Aux environs de 1840, le Yoruba, l'idiome des Oyo, n'était que l'un des multiples parlers des Káááro-Ojiire peuplant le sud-ouest et une partie du nord du Nigeria, le sud-est de la République du Benin, et le centre du Togo. Parmi les autres parlers frères de quelque importance, citons le Egba, le Ijebu, le Ijesa, le Ondo, le Ekiti, etc... au Nigeria; le Ketu, le Ohori le Sabè, le Idaasha, le Isha, etc... au Bénin; le Ana au Togo.

Certains idiomes sont très proches les uns des autres. D'autres par contre différent énormément. Tel le cas du Ondo et du Ekiti d'un côté, et du Oyo de l'autre. Fadipe nous apprend ceci à leur propos: 《l'extrême différenciation dialectale d'un Ondo ou d'un Ekiti en fait presque une langue étrangère pour un Oyo》

Malgré ces différences linguistiques, et malgré les nombreuses guerres qui, tout le long de la grande partie du 19e siècle, opposèrent les Oyo à la plupart des autres groupes de Kááro-Ojiire, pourtant reconnus comme parents, les Kááro-Ojiire, dans leur ensemble, adoptèrent sans la moindre contrainte le parler des Oyo, le Yoruba et en firent leur langue commune.

Comment en arriva-t-on à cette mini-révolution?
Un des avantages dont le Yoruba et qui l'ont favorisé, tenait au fait que les Oyo, ses locuteurs étaient de loin les plus importants numériquement et les plus puissants militairement, politiquement et économiquement de tous les groupes de Kááro-Ojiire.
Outre cet avantage, le facteur déterminant qui fit la fortune des Yoruba fut son choix par les missionnaires lors de la traduction de la Bible. Ce Yoruba biblique fut par la suite introduit et popularisé parmi les autres groupes de Kááro - Ojiire et ne tarda pas à devenir la langue commune pour tous.

Pendant la période période coloniale, les Britanniques permirent l'étude des langues nationales dans les écoles dès le début du cycle primaire. Dans toutes les circonscriptions administratives habitées par des Kááro - Ojiire, le Yoruba fut enseigné aux enfants qui au bout de ce cycle primaire d'études, étaient capables, non seulement de le parler aussi bien que leur variante dialectale, aussi de le lire et de l'écrire couramment. Le Yoruba devenait ainsi pour ces enfants, leur langue nationale de travail, de culture et de civilisation.

Au cours de ce siècle, avec la contribution de chercheurs, d'écrivains et de journalistes issus de tous les groupes de Kááro - Ojiire, le Yoruba s'est beaucoup enrichi, a beaucoup emprunté aux autres variantes dialectes-soeurs ainsi qu'à l'anglais, est devenu la propriété de tous ses locuteurs Oyo comme non Oyo, a réalisé l'unité linguistique, culturelle et même politique d'un ensemble au départ très hétérogène, a puissamment contribué à l'émergence d'une nation Yoruba se situant au dessus des différents groupes de groupes de Kááro - Ojiire, les englobant et les structurant selon un modèle de type familial, avec comme origine Ilé - Ifè et comme ancêtre commun le légendaire Oduduwa.

Cette unification, qui jusqu'ici n'a pas tué les différentes variantes dialectales a permis une inter- communication totale entre plus de vingt millions d'individus se reconnaissant tous comme des Yoruba et a offert aux écrivains, comédiens et journalistes un vaste marché potentiel. Résultat, le Yoruba possède aujourd'hui une des productions littéraires, dramatiques et cinématographiques les plus impressionnantes et les plus variées de toute l'Afrique Noire avec à son actif des centaines de titres de romans, de pièces dramatiques, de recueils de poèmes, de transcriptions d'oeuvres anonymes de la littérature orale...
Adetutu Onishabe
18 h ·
LA REINE INEN MEGO
Après la mort du roi AKIKENJU en 1825, 3ème roi de la dynastie OMO BABAGUIAÏ, il s'en suit un long interrègne où la direction du royaume fut assurée par le BALOGOUN KOSHONI. Kosoni était le fils de Yayi Pasi de Worogi et petit fils de Biaou Olodumaré. Entreprenant et combatif il avait fondé la Chefferie d'Idio (Diho). Directement apparenté aux Balè de Kaboua, de Worogui et de Kokoro, Koshoni, après la disparition d'Akikenju, organisa la défense militaire et dirigea, de fait, le Royaume; mais en dépit de ses ambitions, il ne réussira pas à se faire introniser roi. Un long interrègne prend place entre Akikenju et Oba Otèwa, pendant lequel Kosoni avec le titre de balogun (chef de guerre), assumera les responsabilités au plus haut niveau.
Kosoni fut tué en 1834 dans une bataille qui opposait les troupes de Savè à celles de GUEZO.
Après la disparition de Kosoni, l'interrègne se poursuit sans régent ni responsable au plus haut niveau politique.
De nouvelles attaques extérieures plongeront encore le pays dans la désolation, les ruines s'accumulant, et les souffrances pour les populations, décimées et acculées à l'exode.
Après la mort de Kosoni, la maison de Wo(r)ogi continua de représenter, en quelque sorte, l'autorité centrale, avec la personne de Yayi Pasi, le père de Kosoni et chef de la lignée de Wo(r)ogi.
C'est alors qu'une femme intelligente et énergique devait s'affirmer, celle qu'on a appelé la reine Inén Mégo. Elle était de lignée royale, petite-fille d'Olà Monén; Yayi Pasi fut l'ami fidèle de la jeune reine et lui apporta tout le soutien de son autorité morale.
En 1967, vivait encore Aponesaw, iwolé d'Osà Laku, à Sabé-Idadu; il avait peut-être 85 ans à l'époque, et il nous avait dit qu'il était né d'une fille d'Inén Mégo. Mais le souvenir de cette reine s'estompe déjà; on peut accuser, à l'origine de l'oubli, les détracteurs contemporains d'Inén Mégo et, pour une part aussi, le fait que les femmes sont toujours laissées en marge par les généalogistes dans les familles. Inén Mégo n'est jamais citée dans la généalogie des Otolà où, comme dans toute autre, les personnages secondaires sont souvent oubliés, et, à plus forte raison, les femmes; dans une société patrilinéaire et virilocale comme c'est le cas de Sabé, les femmes ne représentent rien d'essentiel dans le tissu généalogique. (Le personnage d'Inen Mego figure dans les " Historical notes..." de J.O. Georges qui écrit Inen Mego; dans le rapport de la mission Decoeur, il est question de la reine Namabo).
Le nom d'Inén Mégo fait allusion au caractère généreux et prodigue de cette femme qui savait faire des largesses à bon escient; après le conseil des''ministre'', qu'elle réunissait chaque vendredi au palais, elle faisait manger ses conseillers comme l'exige la coutume du roi, mais veillait aussi à ce que le repas fut bon et abondant, ce qui facilitait les bonnes relations entretenait la population de la reine. Le terme inén évoque justement les idées de dépense, largesse, grande générosité. Les étrangers étaient reçus au palais avec beaucoup de générosité aussi, ce qui contribuait à rehausser l'honneur de la reine et de Sabé en général.
Inén Mégo gouverna comme une reine, seule le tire lui fit défaut, puisqu'on lui refusa les honneurs l'intronisation.
Yayi l'assistait et appuyait en tout son action. Inén Mégo, au conseil du vendredi, discutait des affaires publiques avec ses conseillers, faisant adopter de sages décisions ensuite.
Après la mort de Kosoni, grâce à l'action d'Inén Mégo, les rescapées de la catastrophe étaient finalement revenues à Sabé-Idadu et la capitale avait été reconstruite. Afin de se protéger contre d'autres possibles invasions ennemies, la reine fit élever de hautes murailles en banco; on peut encore voir aujourd'hui des restes de ces fortifications le long de l'Ayin dont le cours constituait la limite de la ville, à l'époque.
Durant le règne d'Inén Mégo, Sabé jouit d'une période de paix, bien que le Danxomé tenta, par deux fois d'investir à nouveau la ville-capitale. La première fois, les guerriers ennemis auraient été mis en fuite par un essaim d'abeilles (ces insectes apparaissent, plus d'une fois, dans les Iten comme les protecteurs et amis de Sabè), la seconde tentative échoua du fait que les envahisseurs se trompèrent de route et purent être repoussés à temps.
Selon les informations de source dahoméenne, Gézo pénétra en territoire sabé en 1843, et 22 villages auraient été alors razziés, dans la région fon de Wésé. Cette incursion se serait produite après la disparition de la reine.
Inén Mégo était une femme énergique et volontaire, intelligente. On rapporte qu'elle défendit à Sabi Kotokoy (ancêtre d'Oba Adéléké Akinni 1975-2005) d'emprunter le chemin qui passait derrière se maison, au quartier Isugbé à Sabé-Idadu. Sabi Kotokoy, qui était le propre fils d'Olà Monèn, et parent aîné (ègbon) de la jeune reine, homme riche et puissant, par ailleurs, dut s'incliner et respecter les odres d'Inén Mégo.
La reine fut aussi célèbre, en son temps, que discutée; elle avait des amis et des partisans, elle disposait de l'appui inconditionnel du groupe de Wo(r)ogi, de celui des puissants Jàlumon. Mais il y avait aussi une forte opposition qui se dressait contre elle, avec des membres de son propre lignage. Les partisans de la reine étaient prêts à l'introniser comme oba; mais ses détracteurs offraient une vive résistance, donnant comme principale raison l'argument d'une femme ne pouvait pas être roi valablement, car il n'y avait pas de précédent de ce genre à Sabé. Contre une telle argumentation, on dirait qu'on ne trouve pas de raison ni motif valables, dans les rituels royaux et la théorie qui s'en dégage, pour exclure une femme du trône.
La discussion entre partisans et opposant de la reine devait bientôt perdre de son actualité, et cela en raison de la fin tragique d'Inén Mégo à qui une main criminelle aurait administré du poison.
Le vieux Yayi Pasi ne devait pas survivre longtemps à cette tragédie.
Avec la disparition consécutive de ces deux personnages principaux, Sabé se trouvait une fois encore sans roi et sans chef responsable au plus haut niveau.
Le règne d'Inén Mégo semble avoir été bref, on ne peut pas exactement le situer; d'après les diverses concordances qu'on peut établir, l'époque d'Inén Mégo correspondrait à la fin de la première moitié du XIXe, vers les années 1840.
Réf. L'histoire de Sabè et de ses Rois. M P Martí.
Les ruines de la muraille de FIDITI.

Les communautés Yoruba du Benin ont pris part à OLOJO FESTIVAL "Un Yoruba, une Source, un Festival" du jeudi 27 au dimanche 30 septembre 2018 à travers une délégation de 13 Autorités traditionnelles et de trois groupes d'Artistes Culturels de Ketou, de Savè et de Dassa, à raison de 15 personnes par groupe.
La délégation des Autorités Traditionnelles est composée de:
1- Sa Royale Majesté Oba Adetutu Akinmu, ONISHABE représentant les Shabè des Communnes de Savè et de Ouessè.
2- Sa Majesté Oba Akandé Oyédekpo de Papane représentant les Shabè de la Commune de Tchaourou.
3- Dignitaire Lalèyè Ademonla de la Cour Royale représentant Sa Royale Majesté Oba Adedola Aderomonla, ALAKETU de la Commune de Ketou
4- Sa Majesté Oba Jacob Oyédokun d'Ilikimu de la Commune de Ketou
5- Sa Majesté Oba Onisilo II représentant les Ikpobè et les Orohi de la Commune de Pobè.
6-Sa Majesté Oba Alade Imonle d'Adjara représentant les araajara de la Commune d'Ajara
7- Sa Majesté Oba Bada Agana représentant les communautés yoruba de la Commune d'Abomey-Calavi
8- Sa Majesté Oba Onikoyi Alabi Adémola représentant les communautés Yoruba de la Commune de Ouidah.
9- Sa majesté Oba Hélékétché Alifa représentant les Yoruba de la Commune de Grand Popo.
10- Sa Majesté Ariyo de Kèrè représentant les Idaïsha des Communes de Dassa et de Glazoué.
11- Sa Majesté Akijètan Adjiba de Tchéti représentant les Ifè de la Commune de Savalou.
12 et 13- Leurs Majestés Obas Ilugbafoyé et Adebgoyega représentant les Itcha de la Commune de Bantè.
La délégation a ainsi pris part aux manifestations suivant le programme ci-après :
Vendredi 28 septembre 2018 : Ooni Terrestrial Message to the World
Samedi 28 septembre 2018 : Ojo Okemongu, The Are's Cultural procession.

jean-pierre Boistel & Adetutu Onishabe

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