GÉRARD IMBERT
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Patrimonium. L’ombre du Père (I) :

Extrait de l'œuvre

 

Patrimonium : de pater, ce qui vient du père.

 

 

Une fois entré, impossible de remettre le compteur ; suite aux orages de septembre, l’installation avait disjoncté. Il s’aventura à tâtons dans le grand couloir enseveli dans le noir. Il se souvint alors des lanternes qui se trouvaient dans le boudoir marocain du bas. Il en alluma une, la bougie vacillait. Il s’arrêta un instant dans le salon vert, se servit un whisky, lui qui n’en prenait jamais. Il était tard, minuit, une heure du matin ? La tension de ces dernières semaines, la fatigue du voyage, l’émotion qu’il y avait pour lui à pénétrer dans le lieu comme par effraction, tout se concentrait soudain, portait sur la nuque, irradiait dans le dos. Il se sentait un peu l’étranger qui violait le lieu sacré, qui s’introduisait dans le temple sans connaître les règles du culte, sans avoir été initié au rite d’entrée. Un deuxième whisky l’aida à surmonter le malaise.

Il se trouvait maintenant devant les innombrables portes qui conduisaient aux différentes parties de la maison. Dans l’obscurité, face à l’impuissance du regard, l’esprit prenait la relève ; il s’imaginait un peu ridicule, dans le noir, à la croisée des chemins. Impression de trouble, sensation de double ; ses réflexes de philosophe revenaient (c’était sa façon à lui de parer à l’inquiétude, de répondre par avance aux problèmes, avant même qu’ils ne surgissent) : il se voyait tel Diogène avançant la lanterne à la main, questionnant l’avenir, à la recherche de l’Homme, s’interrogeant sur les grands mystères de l’existence, sur l’énigme de la sienne.

C’est Père, encore une fois, qui était au bout du chemin. L’entravait-il ou bien cachait-il la porte qui ouvrait sur le labyrinthe, le labyrinthe qu’était le grand mas, le labyrinthe qu’était la vie ? Père l’empêchait-il de passer ou, au contraire, lui ouvrait-il la voie ? Ce trou noir, derrière, était-ce l’oubli définitif, le commencement de la vie ou le début de l’enfer ? Ou tout à la fois, la mort de l’un permettant la renaissance de l’autre ? Dans l’obscurité épaisse et lourde du mas, il se frayait un chemin au milieu des objets sans nombre que Père avait accumulés…

 

mini-sites © L'Harmattan 2005