PIERRE POMMIER
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JOVIS,

roman. 208 pages

Editions « L’Harmattan », collection « Ecritures »

Sortie : septembre 2009


 

Résumé

Les couleurs du temps se transforment quand Jovis enroule ses mains en longue-vue et observe le monde. Homme de coeur, proche de la nature, il initie son petit-fils à sa vision de la vie.

Devenu reporter, observateur de la vie au jour le jour, Thomas utilise ce précieux héritage avec plus ou moins de bonheur dans sa vie personnelle et professionnelle, sous le regard bienveillant d'un passeur de vie.

Récit sur l’apprentissage chaotique de la vie, vibration poétique sur les détails du quotidien, « JOVIS » se déroule entre Bordeaux, Pessac le Sud-Ouest, les Pyrénées, le Larzac, le Maroc, l’Afrique Noire, la Guyane et les Cyclades.


Mots clés

   Sentiments et situations.  Transmission du regard sur la vie, petits riens du quotidien, enfermement affectif, libération sentimentale, amitié, étapes de la vie, univers du tramway et des trains, nature et environnement, journalisme et profession reporter, grand-père idéaliste…

    Lieux. Bordeaux, Pessac, Sud-Ouest, Pyrénées (vallée d’Aure, vallée de l’Oussouet) Larzac, Afrique Noire, île de Gorée, Maroc (gorges du Dadès), Guyane, archipel des Cyclades (île de Tinos)

Commentaire de Daniel Cohen, directeur de la collection  Ecritures aux éditions L'Harmattan

Par sa tendresse, sa force intérieure, son humour et "le trottoir roulant" de son style, Pierre Pommier compose, du début à la fin, un livre sans nostalgie, mais un livre dont le passé dit notre présent. Un premier roman nous signale-t-on; certes mais alors un premier roman imprégné de l'expérience de la vie, de la subtilité du regard posé sur les êtres et les paysages. Il s'élève à l'universel et à la multiple splendeur par sa simplicité et la capacité qu'a l'auteur de se faire oublier en laissant sa création tendre son maillage et les situations cristalliser leur espace naturel ; le lecteur, dans la marge du récit, ne se lasse pas; c'est que cela ressemble aux choses de sa vie.

Extraits de JOVIS

Premier extrait. (Pages 47 à 49) 

« Tous les jours, Thomas se rendait à bicyclette au siège du journal « La Voix des Graves », où il effectuait son stage de fin d’études. Aux arrêts de bus, il observait les gens, imaginait leur nuit, leurs amours, leurs disputes. Certaines scènes se prolongeaient en vrai dans l’abribus.

 Le journal intercommunal était implanté à Pessac, capitale du vignoble des graves. Les reportages confiés à Thomas concernaient la plupart du temps les « marronniers » et des faits divers qui particularisaient la vie de la région. Son capteur de vie vissé dans son cerveau, il dépeignait ces scènes quotidiennes auxquelles il ajoutait une petite note d’étrangeté, d’humour, de fantaisie.

 A la fin du stage, il couvrit un fait divers. Abandonné par sa femme, un homme s’était barricadé chez lui avec ses enfants et menaçait de les tuer si elle ne revenait pas. La tragédie dura plusieurs jours. Thomas relata fidèlement les faits et ne put s’empêcher de les passer au filtre de sa lunette Jovis.

 

Je vois la fillette qui peigne sans cesse sa poupée de chiffons. Son frère brandit un bâton comme s’il partait à l’assaut d’un bateau pirate. Le chien, sur la cretonne, porte un regard triste vers le forcené, son maître. Dans un bocal, un poisson rouge solitaire tourne en rond, indéfiniment. L’horloge a arrêté de marquer le temps. Par une fenêtre, s’engouffre le soleil et l’ombre géante du passeur de vie dont le regard protecteur ne quitte plus les enfants.

Il dépeignit le forcené comme un personnage buté, attentif à ses enfants, écrasé de douleur après le départ de sa femme. Les gendarmes restaient en faction jour et nuit et eurent droit aux comptes rendus cocasses de Thomas qui les assimilait  à de hiératiques guetteurs d’histoire.

Au petit matin du troisième jour, le père ouvrit la porte de la maison qui donnait sur un grand jardin. Les gendarmes firent attention au moindre signe, scrutèrent le moindre geste. La fillette sortit et courut vers eux, serrant sa poupée contre elle. Le père et le fils restèrent dans la maison. Après un long et impressionnant silence, un coup de feu retentit, en provenance de la maison. Les gendarmes donnèrent l’assaut. Le père s’était tiré une balle dans la gorge. Terrorisé, son fils le regardait, infiniment triste.

Ses reportages furent publiés dans le journal « Sud-Ouest ». Une radio l’interviewa. Thomas fut engagé par le journal régional en tant que localier. Les faits divers devinrent son fonds de commerce.

 

Deuxième extrait. (Pages 61 et 62)

 «…Plus tard, Diane présenta Thomas à ses amis. Ils étaient pour elle, son seul vrai soleil de France, dans un pays qui en manquait cruellement. Soleil extérieur et soleil intérieur.

Thomas découvrit des gens sympathiques et enjoués. Cependant, tous ces regards braqués sur lui le mirent dans une situation de plus en plus embarrassante. Il avait l’impression de figurer dans une liste d’inventaire annuel de grand magasin. Il se sentait contraint de jouer un rôle, alors qu’il voulait seulement être lui-même. Diane faisait assaut de séduction et de gentillesse avec chacun.

Une question taraudait Thomas. Comment se terminaient les histoires d’amour de Diane ? La réaction de ses amis ne lui laissait pas entrevoir des issues très claires. Il comprit rapidement que Diane n’affectionnait ni le silence, ni la solitude, mais qu’elle pouvait éprouver un vrai malaise derrière une façade d’exubérance forcenée. Le rire prolongé et le vin sans réserve servaient de liants fragiles. Les amis de Diane apparaissaient à Thomas comme une caution qui pouvait freiner une relation de plus grande profondeur qu’il aurait bien voulu établir. Tout lui semblait superficiel. Peu à peu, il se trouva en décalage avec eux et avec Diane. Deux planètes très différentes. Plus se déroulait la soirée, plus l’incertitude sur sa relation avec Diane le gagnait.

Tard dans la nuit, ses amis repartirent. Thomas eut envie de faire comme eux. Devinant son intention, Diane se fit langoureuse. Il se sentit prisonnier, prisonnier consentant.

Au milieu de la nuit, Diane se leva pour prendre un cachet, tant elle avait mal à la tête. La boisson et les cigarettes probablement. Revenue dans la chambre, elle se rendormit.

Thomas se décida à quitter les lieux. Sur la pointe des pieds, il gagna la salle de séjour, jeta un œil sur la longue table. Elle offrait un spectacle de champ de bataille après le combat. S’entassaient les reliefs du dîner, les bouteilles vides et les cendriers pleins. Il déchira un bout de nappe en papier et griffonna quelques mots d’adieu.  Sans bruit, il prit ses affaires et quitta l’appartement. Dans l’ascenseur, il respirait un peu de liberté, reprenait souffle, goûtait le silence ponctué par le bruit de l’ascenseur et le miaulement d’un chat dans les escaliers. Ce furent les premiers sons qu’il identifia comme des signes familiers de vie, alors que durant des heures il avait été plongé dans un monde où les sons appartenaient à un univers sans vrais repères pour lui. Le clic électrique de la porte déclencha chez Thomas un franc sourire.  Dehors, il pleuvait. Il courut jusqu’à sa voiture, chercha les clefs dans sa poche. Elles étaient restées dans la chambre.  Il revint les prendre, Diane se réveilla.

– Où étais-tu ? Tu me manquais déjà.

Il resta chez elle. Cette nuit-là, Thomas venait de franchir un pas de plus dans la dépendance. Sentant sa présence, Diane retomba dans le sommeil. Il ne ferma pas les yeux de la nuit, ressassant cette histoire d’amour impossible, de dépendance grandissante.

Quand pointa l’aube à travers les persiennes, Thomas prit ses clefs et s’éclipsa. En catimini. La pluie avait cessé. La journée s’annonçait belle. Les moineaux piaillaient en bandes joyeuses dans les arbres du petit square jouxtant l’immeuble. Il croyait retrouver l’air de la liberté, respirait à pleins poumons. Il était bel et bien prisonnier. »

 

Troisième extrait. (Pages 150 à 153)

 Places et rues bombillent le long des quais de la Garonne. Cris, rires, exclamations, paroles illustrées de gestes. Le grondement de la ville monte sur les toits uniformes, s’accroche à la flèche Saint-Michel, enveloppe la cité d’une multitude de petits fragments sonores de vie.

Le bruit d’un grelot fait se retourner Thomas. Un homme avenant conduit un tricycle. Un drapeau français flotte, accroché à l’arrière du tricycle. Dans la remorque fixée à l’avant, deux bassets regardent la rue, chacun de leur côté.

Thomas arrive sur la place Saint-Michel, découvre une foule métissée. Camelots, brocanteurs, clients de toutes couleurs, toutes races, toutes langues. Tous se retrouvent pour partager une même passion : le marchandage. En tous temps et en tous lieux, ce type de commerce emprunte un langage universel : gestes, cris, onomatopées, interjections, sourires et un top retentissant dans la main quand l’affaire est conclue.

Tête en arrière, mains ballantes, yeux fermés, Eve s’abandonne au soleil, à la terrasse de La Bodega. Thomas dépose un baiser sur son front. Elle ouvre les yeux, lui sourit et lui parle d’un achat qu’elle vient de faire en chinant sur la place.

– Depuis longtemps, je le cherchais.

– Je peux voir ?

 Eve sort un taille crayon à manivelle, d’un papier journal. Un petit tiroir permet de récupérer les copeaux de bois et la poussière des mines. Eve précise qu’il s’agit d’un « Saad » authentique. 

– Au poids des déchets… tu pourras juger de la qualité des thèses de tes étudiants !

– Tu ne changeras jamais !

 Thomas hèle le patron. Ce restaurant leur est familier. Autrefois, il s’appelait Le Parador. Ils y venaient avec Pierre-Jean et Bernard. Souvenir de leur amitié naissante, de leur jeunesse et de leurs sorties ciné.

Le patron, image du bien manger et du bien boire, prend la commande de Thomas. Des clients, debout, attendent.

– Aujourd’hui, Thomas ?

– Pareil !

– C’est comme si c’était fait.

 Encornets pour Eve. Jambon et manchego pour Thomas. Un garçon apporte aussitôt un pichet de vin espagnol. Tous deux trinquent.

A l’Afrique… ton Afrique !

A tes thèses… à ton nouvel instrument de torture !

 Un camelot ambulant s’approche d’eux. Un Africain. Il est couvert de bracelets, colliers, montres et jouets d’enfants. Il porte sur la tête un chapeau de cow-boy surmonté de plusieurs casquettes. Eve le regarde. L’homme sort aussitôt un bracelet et lui tend. 

– Tu sais, Eve, si notre ami arrive à le mettre dans ta main, c’est parti pour longtemps, un long rituel de marchandage.

Eve refuse d’un geste et sourit au camelot qui n’insiste pas. Il s’arrête à la table d’à côté où se trouvent un jeune couple et leur enfant occupé à chasser une mouche qui le nargue en revenant sans cesse se vautrer dans le ketchup de son assiette de frites.

Le camelot sort un pot de yaourt assorti d’un bâtonnet et d’une ficelle. En tirant sur la cordelette, le camelot déclenche un raclement qui ressemble au caquètement d’une poule. L’enfant rit, la mère veut jouer, le père achète. Le vendeur ambulant précise qu’il s’agit d’un jouet fabriqué au Burkina Faso.

Le refus d’Eve se transforme en aubaine pour le vendeur africain. Plusieurs clients achètent le précieux jouet. Thomas ferme les yeux pour mieux écouter cet étrange concert de basse-cour au pied de la flèche Saint-Michel.

Quand Thomas rouvre les yeux, le couple de brocanteurs arrive sur la place et décharge une volumineuse cage où roucoulent des tourterelles blanches. Le visage de la femme est couvert de sueur. Le brocanteur sort de sa poche une petite pièce de soie et lui éponge délicatement le visage. Geste familier, tendre, de tous les jours.

La commande arrive. Eve et Thomas mangent gaiement, dans un environnement qui prédispose à la bonne humeur. Diversité harmonieuse de mets, de couleurs et de senteurs. Avec un vin espagnol, chaud, fruité, servi en carafe, pour tous. D’une table à l’autre, des clients qui ne se connaissent pas, approchent leur verre, trinquent. Des sourires complices s’échangent. Tous partagent le même plaisir : la bouffe sympa, le petit vin, les odeurs de là-bas et d’ici. Le ciel et la chaleur sourient aux convives et aux passants.

Eve parle et son rythme s’accélère. C’est ainsi chaque fois que Thomas part en reportage. Elle a envie de bavarder, giberner, jaboter.

Elle passe d’un sujet à l’autre, sans logique apparente. Elle fait allusion au taille crayon qu’elle vient d’acquérir, à la thèse qu’elle corrige sur l’épidémiologie du chikungunya , à Maud, la fille de Bernard et Sylvie qui lui a téléphoné ce matin pour lui dire qu’elle était sur le point d’accoucher, à Bruant qui a plusieurs fois tourné la tête vers la porte à la recherche de Thomas après son départ vagabond. Le Larzac arrive dans la conversation. Pêle-mêle, Eve évoque la tisane Bérangère, les léchouillis d’Amalthée, la voix rauque de Ticlo lisant ses nouvelles policières au coin de la cheminée. Thomas l’interroge :

– Aucune nouvelle depuis deux mois ?

– Ces jours-ci, c’est promis, j’appelle Bérangère.

Les sujets s’enchaînent avec, pour seul lien, ce plaisir ténu d’évoquer les petits riens qui déclenchent les joies élémentaires du quotidien.

Le son d’un menuet de Mozart fait se retourner le couple. A quelques mètres d’eux, jouent le nain tiré à quatre épingles et le géant roux. Des badauds s’attroupent pour voir ce couple étrange et écouter leur délicate musique. Le patron du restaurant prend Eve par la main et danse avec elle. D’autres couples les imitent.

Le clocher de l’église carillonne à toute volée. Un couple de jeunes mariés sort de l’église. Visage jazzy, la femme porte une jupe argentée Courrèges, des bottes en PVC brillantes, un sac seau. Elancé et rieur, l’homme, tout de blanc vêtu, porte des chaussures Paul Smith blanches avec des fleurs imprimées noires. Tous deux ont enfourché des lunettes flashy en écailles noires et blanches.

Le brocanteur ouvre la cage aux oiseaux et libère les tourterelles. Elles participent un instant à la fête, tournoient autour du couple submergé de bonheur et rejoignent le haut de la flèche Saint Michel. Les jeunes mariés, tels Pygmalion et Galatée, descendent les marches sous une flopée de pétales multicolores, d’hourvaris, d’embrassades et d’émotion.

Dans l’après-midi, Thomas s’envole pour le Sénégal.

 

 

 

 

 



 

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