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À propos du vagabondage médical,
quelques questions sur la formation des médecins


Les lignes qui suivent relèvent de la vie privée mais je n’ai trouvé que ce moyen vaguement obscène pour exposer un problème bien connu des patients et qui peut se résumer ainsi : Le malade vraiment mal dans sa peau cherche désespérément une solution à son problème. Il se met alors en quête d’un médecin qui soit capable de lui rendre la santé. Il y a des excités du vagabondage médical, mais ils sont probablement minoritaires.
Je n’ai pas de plan alternatif aux différents projets gouvernementaux qui tentent de réduire le déficit préoccupant de la sécurité sociale. Je souhaiterais simplement que les responsables de la formation des médecins se demandent si la sélection s’opère sur les bons critères, si l’enseignement n’oublie pas une donnée essentielle, le bon sens.
Le récit personnel n’a que l’ambition d’attirer l’attention sur un gâchis scandaleux de l’argent public dans un cas où le diagnostic semblait relever de la routine.


C’était le 11 septembre 2003. Je me sentais vaseuse. J’attribuais cet état à un tiramisu mangé la veille dans un restaurant et je me rendis auprès de ma mère, âgée de 93 ans qui n’allait pas trop bien non plus. Vers 20h, tout s’accéléra. Je m’évanouis, et me retrouvait un temps plus tard, allongée par terre, nauséeuse, trempée. Ma vaillante petite maman me secouait et organisait les secours.
Un premier médecin vint, parut très inquiet et décida de mon transport en ambulance aux urgences de l’hôpital Saint Joseph. Après plusieurs heures d’attente, je fus examinée par deux médecins urgentistes qui, sans doute fâchés l’un avec l’autre, firent faire les mêmes analyses à quelques heures d’intervalle. Décidée à quitter ce couloir sinistre après deux nuits éprouvantes, je me dirigeais vers le bureau et déclarais que je voulais partir. À cet instant précis, je m’évanouis de nouveau. On décida donc de me garder et de me transférer en médecine interne où un jeune interne et un médecin chef, me firent de nouveau des analyses. Puis, deux jours plus tard, alors que j’étais toujours aussi fatiguée, ils vinrent me dire que je n’avais aucun microbe grave et que le mieux était que je rentre chez moi. L’interne vint me demander ce que je voulais comme médicament. J’en profitais pour lui réclamer mon tranquillisant habituel qui m’aide à vivre depuis vingt-cinq ans. Je partis en taxi en titubant.
Seule chez moi, je restais des jours et des jours dans l’incapacité absolue de sortir sans voir tout tourner, de faire 25 mètres sans être épuisée. Le tiramisu devait être sacrément dégueulasse. J’en étais donc à cinq médecins et des dizaines de pages d’analyses diverses (dont trois seulement ont été communiquées à l’un des médecins consultés et jamais à moi.) qui démontraient que je me portais comme un charme ! Je précise qu’ayant une bonne mutuelle, je n’avais rien déboursé.
Je suis d’un tempérament actif et voyant se profiler la rentrée universitaire, je décidais de prendre mon sort en main. Je pris rendez-vous avec le premier médecin qui m’avait vu chez ma mère. J’y parvins au bord de l’évanouissement. Il m’examina sous toutes les coutures, parut déconcerté. J’en sortis avec une ordonnance d’un curieux médicament homéopathique qui semblait répondre à tous mes symptômes : grande fatigue, vertiges, sensation de froid constante alors qu’il faisait très chaud à Paris.
Le médicament ne faisant aucun effet, je pris rendez-vous avec mon gastro-entérologue, que j’estimais jusqu’alors, m’y rendit seule par miracle, m’entendit dire par sa secrétaire que j’avais vieilli de dix ans et en ressortit, après un interrogatoire fait d’un ton las de spécialiste débordé qui se demande ce que veut cette vieille emmerdeuse, avec une ordonnance d’un médicament contre les infections vaginales !
Sept médecins plus tard, j’en étais toujours au même point, épuisée, incapable de tenir debout. C’était plus que du vagabondage, cela devenait une entreprise systématique de déstabilisation de la sécurité sociale.
Je téléphonais alors à ma grande soeur qui me dit au détour d’une phrase :” As tu fait vérifier ta thyroïde, j’ai eu un truc comme cela il y a trente ans et j’ai cru que j’allais mourir.” Avec l’énergie du désespoir, je me traînais jusqu’au laboratoire le plus proche et fit faire l’analyse de la TSH, qui me coûtât 20 euros et rien à la sécurité sociale. Je résume la fin. Une amie médecin me donnât l’adresse d’une collègue endocrinologue à qui je téléphonais mes résultats. Elle ne pouvait pas me voir avant un mois mais me proposa, à l’écoute des résultats de la TSH, qui montraient à l’évidence une hypothyroïdie, de me faire une ordonnance de Levothyrox. J’ajoute qu’entre temps, me sentant vraiment très mal, je fis venir deux médecins de SOS Médecins. Les deux parlèrent de stress, de tout et de rien et me considérèrent avec ironie.
Le compte est accablant : onze médecins et des pages d’analyses plus tard, je galopais de nouveau et pus reprendre une vie normale.
Cette histoire est banale, mais quand elle vous arrive, elle est très désagréable et pose quelques questions sur la formation des médecins. Si les spécialistes étaient trop spécialisés, les généralistes mal formés, s’ils n’appliquaient pas au minimum une sorte de protocole élémentaire. ? J’ajoute que je suis d’un milieu social plutôt favorisé et que le fait d’avoir des amis médecins m’a aidé dans ce parcours du combattant. Il ne s’agit en aucun cas de dénoncer l’ensemble des médecins. Les diagnostics ne sont pas simples et les journées chargées. Mais quel gâchis! Fallait-il que j’attende tranquillement au fond de mon lit ? J’ai frémi en entendant quelques mois plus tard un professeur de médecine spécialiste de la thyroïde dire que si l’on n’était pas soigné, on pouvait en mourir !
Trop souvent le vagabondage médical signifie incompétence des médecins ou mauvaise formation. Le médecin traitant est peut-être une bonne idée, mais que fait-on s’il est incompétent, si l’on n’a pas de relations ou si personne dans notre entourage n’a souffert des mêmes maux ?
Pendant ces longues heures passées sous la couette à frissonner, je pensais à mon misérable passé de vagabondage médical, à ces dizaines de médecins consultés pour des semi- évanouissements, à ces centaines d’analyses qui finissaient soit par un diagnostic de « spasmophilie », soit par des considérations gênées sur mon état psychologique. Le tout finissait invariablement par une prescription d’anxiolytiques. Ils m’ont aidé à vivre, mais ils m’obligent à un nouveau vagabondage médical : en effet aucun médecin ne sait comment je peux les arrêter et les mêmes refusent de me faire une ordonnance sous prétexte que ce n’est pas bon pour la santé !


Régine Dhoquois (2004)
mini-sites © L'Harmattan 2005