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Grossièretés en tous genres

J'ai toujours considéré que les grossièretés auxquelles chacun d'entre nous se heurte quotidiennement ou presque sont le reflet d'un état général de notre société. J'en ferai ici des récits courts qui évoqueront sans doute chez les éventuels lecteurs des échos. Ces minuscules histoires de vie ont deux objectifs : le premier est de me libérer de ma colère rentrée et le second de réfléchir sur ce que ces faits racontent en profondeur des rapports humains.

Les petits récits qui suivent concernent tous des rapports marchands. L'idée selon laquelle les individus rechercheraient leur intérêt maximum est largement battue en brèche par les incidents racontés ici. La question est alors : si les individus ne recherchent pas leur intérêt, en tant que commerçants par exemple, que cherchent-il ? Faudrait-il alors s'orienter vers une vision très pessimiste des rapports humains qui consisterait à penser que l'agressivité et la violence verbale naturelles prennent le pas sur le but poursuivi qui est dans les cas relatés ci-dessous tout simplement de vendre ?

Pour faire comme tout le monde, je décide au mois d'Octobre 2006 qu'il me faut absolument acheter des bottes. J'essaye à chacune de mes sorties plusieurs paires de bottes dont je ne parviens jamais à fermer la fermeture éclair. Je passe sur la réflexion d'une jeune apprentie qui me propose de prendre du 38 au lieu de 36 et qui me regarde avec stupéfaction quand je tente de lui expliquer que je chausse du 36 et qu'une chaussure est d'abord destinée à marcher et pas seulement à fermer une fermeture éclair...Je passe aussi sur les airs las de vendeuses voluptueuses qui après m'avoir laissé seule aux prises avec des bottes impossibles à enlever sans auxiliaire (de bottes), m'ont regardé avec mépris comme si mon petit pied et mon mollet rond étaient une insulte à la conformité...Ces réactions sont parait-il normales ches des vendeuses mal payées, qui soupçonnent les clientes de venir essayer des bottes juste pour les ennuyer, leur faire descendre des escaliers mal éclairés et ranger des boîtes toutes la journée. Ah bon. Je soupçonne chez les gens qui m'ont dit cela une certaine dose de mépris vis à vis des vendeurs de chaussures.

Mais je ne passe pas sur deux petits incidents. Le premier se déroule chez un marchand de chaussures situé rue Lecourbe sur la droite quand on sort du métro Sèvres-Lecourbe. Ce monsieur est désagréable par nature mais il a le malheur (pour moi) de se trouver sur mon chemin quand je me rends chez ma vieille maman. Prise d'un fol espoir en regardant sa vitrine et  rendue courageuse par l'achat d'une paire de chaussures chez lui huit jours auparavant, je rentre en souriant et lui demande très poliment d'essayer deux ou trois paires de bottes. Je ne parviens pas à fermer la fichue fermeture éclair de la première paire. Je ferme celle de la deuxième mais suis menacée d'un arrêt circulatoire imminent si je m'obstine. J'explique alors au commerçant que les fabriquants devraient plus penser aux femmes qui n'ont pas forcément les jambes de Kate Moss. Il explose alors en imprécations, m'accuse de lui faire perdre son temps et termine par cette phrase sans appel :"Madame quand on a des petits pieds et des gros mollets, mieux vaut renoncer à porter des bottes!"

Le deuxième incident a lieu Boulevard Haussman à la sortie du métro Havre Caumartin (Chaussures de France ou quelque chose comme çà). Ce jour là, plus que d'habitude, Je suis fatiguée, préocupée,mal coiffée, mal habillée, grisatre. Mais on a beau avoir dépassé la soixantaine, on reste et heureusement une coquette impénitente. Apercevant dans la vitrine des bottes qui pourraient peut-être m'aller, je rentre et demande à les essayer en noir. J'essaye le pied droit et Ô miracle, la botte me va. Ragaillardie, je demande à essayer l'autre pied. La vendeuse/patronne me regarde fixement et m'interroge: "Vous êtes sûre de les prendre parce que ça m'oblige à défaire la vitrine!" Je réponds que la vie m'a appris à n'être sûre de rien. L'homme qui a consenti à s'occuper de moi dort à moitié et ne réagit pas. Elle me tend la botte avec un air exaspéré. J'essaye. Tout va bien. L'homme me dit alors qu'elles existent en marron. J'essaye le pied droit en marron et je les trouve plus jolies. Une terreur folle m'envahit: si la deuxième se trouvait aussi dans la vitrine! Et bien oui, elle est bien dans la vitrine. La vendeuse parait alors certaine que je ne suis là que pour l'importuner, obscure agent de la fédération CGT de la chaussure et de la CIA réunies...Elle éructe, dit que j'ai du culot de lui faire constamment défaire sa vitrine pendant que l'homme poursuit sa sieste. Là c'en est trop. j'enlève la botte de mon pied droit (non sans mal), lui lance des injures diverses, et sort encore plus grise, déprimée et cassée.

Une dernière petite histoire pour clore ces aventures dérisoires de "la dame qui aimait aussi Paris pour ses boutiques." Je me rends à la bibliothèque municipale de la rue Faidherbe. Je passe devant une sorte de caverne d'Ali baba, avec des vêtements plus ou moins indiens qui pendent. Très politiquement correcte, je souris dès l'entrée au petit patron d'origine maghrébine de cette échoppe du 12° arrondissement. Il est assis sur un tabouret face à la porte. Il me fusille du regard et hurle :"Essuyez-vous bien les pieds sur le paillasson avant de salir mes tapis !"Ce faisant, il pointe un doigt accusateur sur ma petite personne. Je suis partie sans rien dire. Ah oui, une dernière chose : j'ai fini par acheter des bottes d'un marron un peu moche à une dame charmante qui m'a parlé comme à un être humain.

                                                 RD (Novembre 2006)


 

Pour profiter du soleil de Septembre, Guy et moi allons prendre un verre au Triomphe, le bistrot en bas de chez nous.

Nous sommes heureux de nous retrouver à une terrasse, au milieu de gens nettement plus jeunes que nous.

Mais le garçon de café ne l'entend pas de cette manière. Il nous lance un retentissant : "Alors les jeunes, qu'est ce qu'on boit ?" Bon, à 140 ans bientôt à nous deux, nous savons bien que nous ne sommes plus jeunes et nous tentons de sourire à cette adorable plaisanterie.

Mais ce jeune homme ne s'arrête pas là. Alors que nous lui demandons l'addition, il hurle en rigolant :"Alors les jeunes gens, où on va danser ce soir ?"

Ce connard a réussi à nous gâcher cet agréable moment.

Il s'agit bien d'une forme de racisme. L'une des conséquences du racisme est de vous faire comprendre que vous n'avez pas votre place parmi les gens normaux.

Et en plus, Guy est trop gros, Régine a été juive en 1940 et maintenant on est vieux!! De vrais cumulards ! Quelle poisse.

                GD et RD (octobre 2008)

                                  Octobre 2008


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