CONTRADICTIONS MILITANTES
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A propos du pessimisme

Le Petit Robert donne la définition suivante du pessimisme :"disposition d'esprit qui porte à prendre les choses du mauvais côté, à être persuadé qu'elles tourneront mal."

Les idéologues du pessimisme, comme Shopenhauer ou Cioran pensent que le mal l'emportera nécessairement sur le bien dans un monde qui est l'oeuvre d'une volonté indifférente au bien et au mal. Après la deuxième guerre mondiale, nous étions nombreux à penser que l'expérience de la Shoah servirait de leçon aux hommes et que rien de tel ne se reproduirait jamais. Nous savons maintenant que le "plus jamais çà" était une pure utopie puisque d'autres terribles génocides se sont produits. Et pourtant, je refuse de toutes mes forces de sombrer dans le pessimisme, dans le "Il n'y a rien à faire", dans le "Tous pourris", dans le "ce sera toujours comme çà"... Devant l'étalement de la bêtise humaine dans les plus infimes comportements comme dans les grands évènements historiques, il faut sacrément s'accrocher pour ne tomber ni dans le mysticisme,ni dans la foi du charbonnier, ni dans le pessimisme, ni dans l'indifférence. C'est cette dernière qui me tente le plus, ce que certains boudhistes nommeraient le Rien.

Etrangement, je ne parviens pas à me désinteresser du sort de ce monde.Je tente de rester fidèle à la promesse que je m'étais faite à l'âge de douze ans, résister au mal, le combattre, le dénoncer, garder intacte ma colère. Camus disait que le seul problème philosophique intéressant était le suicide.J'ai bien l'intention de le choisir avant le grand naufrage mais d'ici là je choisis de vivre, et je choisis ainsi, comme Sisyphe, de pousser mon petit rocher même s'il retombe constamment.

Comment résister seul ? Là est la question. Avec qui militer ? en est une autre à laquelle pour le moment je n'ai pas de réponse. Même si je n'y ai pas vraiment cru, j'appartiens à une génération qui a misé sur le socialisme, la libération des peuples, la fin de l'aliénation...La plupart de ces rêves se sont misérablement écroulés mais je les conserve en moi comme un trésor.Je ne peux donc lutter qu'aux côtés de gens qui  tout en conservant au fond d'eux mêmes l'espoir de changements fondamentaux, se posent des questions sur ces échecs. Et ce questionnement suppose qu'ils tiennent le plus grand compte des contradictions humaines. Ce sont ces deux exigences contradictoires, le désir d'un véritable socialisme et la prise en compte des réalités politiques, économiques mondiales qui me donneraient envie de rejoindre tel ou tel groupe ou parti.

A l'extrême gauche, quelques doux rêveurs pourtant avides de pouvoir (si l'on en juge par les évènements qui ont agité les altermondialistes en 2006), persistent à raisonner en termes d'oppositions binaires entre capitalistes et anti-capitalistes, travailleurs et patrons, libéraux et anti-libéraux, gauche et droite, gentils opprimés et méchants oppresseurs...Il semble que certains ne se soient pas rendu compte que le monde avait changé, que le mur de Berlin était tombé, que la Chine n'était plus en communes, que l'Inde, l'Amérique du Sud et bien d'autres pays y compris en Afrique se développaient et que ce développement que nous avons souhaité, même s'il faut en critiquer les injustices criantes, ne peut que remettre en question pendant quelques decennies nos standards de vie.La seule question est alors : comment réguler la libre concurrence pour qu'elle ne nuise pas d'abord aux plus pauvres et aux plus exploités? Comment agir à un niveau européen ou mondial pour que les dégâts causés par l'émergence de ces pays soient partagés le plus équitablement possible ? Tant que le "raisonnement" unique d'une certaine extrême-gauche sera de chercher des bouc-émissaires (dont il ne faut pas nier bien sûr les responsabilités ou contradiction quand tu nous tiens!!), "Le Pouvoir", "l'OMC", "Les Etats-Unis", "Le CAC 40", "Ils", "Ceux qui sont au pouvoir", sans se rendre compte que nous sommes tous responsables in solidum d'une situation mondiale certes en progrès mais fondamentalement injuste, il n'y aura pas de salut de leur côté et au contraire une énorme perte de temps.

Reste le PS. C'est un moindre mal, même si ni le rêve ni la réflexion critique évoqués plus haut n'y sont particulièrement présents. Mais est-il possible de militer au PS, d'y réfléchir vraiment à des alternatives sans parti-pris et en dehors de chapelles seulement interessés par des postes ? Je ne parviens pas à m'en persuader, peut-être à tort.

Exit les partis politiques. Restent les revues, les intellectuels, les clubs...Ma fréquentation des "intelllos" me rend sceptique sur la possibilité d'y avoir de véritables dialogues. Les quelques cercles que j'ai fréquenté avant d'en démissionner se complaisaient dans une forme d'autisme péremptoire aussi étrange que cela puisse paraître, consistant en imprécations diverses du genre : "Ni putes, ni soumises, toutes des salopes vendues au PS", "Finkelkrault est raciste, beurk", "BHL n'a rien à dire", "Rocard est fini"...Ainsi, condamnations ou approbations nominatives tiennent trop souvent (pas toujours) lieu d'analyse politique dans ce PIF-gadget (paysage intellectuel français).

Il reste alors à "faire", agir là où l'on peut, vider ses poubelles au bon endroit, écrire sur son blog des choses dans l'espoir insensé que d'autres vous rejoindront.

En attendant, ne pas sombrer dans le pessimisme reste un travail à temps plein, un effort de tous les instants. Paraphrasant Voltaire, je dirais volontiers qu'il est indispensable de "cultiver sa colère" et de continuer à chercher les quelques extra-terrestres qui acceptent de confronter leurs idées, sans anathèmes, pour tenter d'avancer ensemble.

                                                    RD (Janvier 2007)




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